jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2403633 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 7éme chambre |
| Avocat requérant | SELARL CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 avril 2024, M. C B A, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du préfet des Yvelines du 12 avril 2024 l'ayant obligé de quitter le territoire français ;
2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée;
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle a été prise sans examen sérieux et particulier de sa situation personnelle;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'erreur de droit.
La requête a été communiquée au préfet des Yvelines qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Lutz, premier conseiller, a été entendu lors de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B A, ressortissant portugais né le 19 octobre 1970, a été incarcéré au centre pénitentiaire de Bois d'Arcy à compter du 4 décembre 2023 en exécution d'une peine d'emprisonnement de 18 mois, dont 6 mois avec sursis probatoire, prononcée par le tribunal correctionnel de Versailles le 20 février 2023 pour des faits de violences par conjoint et menaces de mort réitérées par conjoint. Le préfet des Yvelines lui a notifié le 12 avril 2024 un arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant son pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire français de trois ans. Par sa requête, M. B A demande l'annulation de la seule décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, M. Julien Bertrand, conseiller d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, directeur des migrations, signataire de l'arrêté contesté, a reçu, par un arrêté du préfet des Yvelines en date du 4 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, délégation pour signer, notamment, la décision attaquée. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision, qui manque en fait, doit, dès lors, être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. ()".
6. La décision attaquée vise les textes applicables à la situation de M. B A et énonce les considérations de faits sur lesquels elle est fondée. Elle fait notamment mention de sa situation pénale de manière détaillée, ainsi que de sa situation familiale et de sa situation administrative au regard du droit au séjour. Elle est, par suite, suffisamment motivée. Par ailleurs, il ne ressort pas de ses termes ni des autres pièces du dossier qu'elle aurait été prise sans examen sérieux et particulier. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et d'examen particulier et sérieux doivent être écartés.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ". Il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
8. Il ressort des pièces du dossier et notamment du jugement du tribunal correctionnel de Versailles du 20 février 2023 que M. B A a été reconnu coupable de faits de violences conjugales commis le 3 septembre 2022 ainsi que de faits de menaces de mort réitérées sur sa conjointe commis du 28 novembre 2022 au 24 décembre 2022, menaces où il évoquait l'usage d'une arme à feu. Le jugement énonce également que la peine de 18 mois d'emprisonnement est justifiée par la gravité des faits et le profil social et psychiatrique de M. B A. En outre, M. B A a interdiction, pour une durée de deux ans, d'entrer en contact avec sa conjointe, cette interdiction étant assurée par un dispositif mobile anti-rapprochement. Il ressort également de sa fiche pénale qu'il a été poursuivi le 11 avril 2024 et placé en détention provisoire pour de nouveaux faits de menace de mort réitérées sur sa conjointe, ce qui traduit une persistance de son comportement délictuel. Enfin, il ressort des motifs de la décision attaquée, qui ne sont pas contestés par M. B A, que celui-ci n'occupe aucun emploi et ne peut justifier d'aucune adresse en dehors de l'ancien domicile conjugal où il a interdiction de paraître. Dans ces conditions, le préfet n'a pas commis d'erreur de droit en considérant que son comportement constituait une menace réelle, actuelle, et suffisamment grave pour la protection des femmes contre les violences au sein du couple, qui constitue un intérêt fondamental de la société française. Pour les mêmes motifs, et compte-tenu du fait que ses enfants sont majeurs, qu'il ne démontre pas entretenir de relations particulières avec eux et qu'il ne fait état d'aucune autre relation en France, le préfet n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses effets sur sa situation personnelle.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B A doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : M. B A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. B A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B A et au préfet des Yvelines.
Délibéré après l'audience du12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Mauny, président,
M. Lutz, premier conseiller,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
Le président,
Signé
O. Mauny
Le rapporteur,
Signé
F. Lutz
La greffière,
Signé
C. Benoit-Lamaitrie
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2403633
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