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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2403793

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2403793

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2403793
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles a rejeté la requête de M. B A comme manifestement irrecevable. Le requérant contestait la décision ministérielle du 27 février 2020 constatant l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul. Le tribunal a constaté que la décision attaquée avait été régulièrement notifiée par pli recommandé, dont la preuve de présentation a été établie conformément à la réglementation postale. En application des articles R. 222-1 et R. 421-1 du code de justice administrative, la requête, introduite plus de deux mois après cette notification, était tardive.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrées les 3 mai 2024 et 14 août 2024, M. B A, représenté par Me Cohen, dans le dernier état de ses écritures, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision ministérielle " 48SI " du 27 février 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul ainsi que les décisions de retrait de points relatives aux infractions mentionnées dans la décision 48SI ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer le bénéfice des points retirés à son permis de conduire à la suite des infractions commises les 17 juillet 2019, 7 juillet 2019, 16 juin 2019, 8 octobre 2018, 7 mai 2018, 2 mai 2018, 24 avril 2018, 16 avril 2018, 9 avril 2018, 24 mars 2018, 27 avril 2018 et 26 décembre 2017 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de restituer au requérant son permis de conduire affecté d'un capital de points ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du Code de Justice Administrative.

Il soutient que :

- la décision 48 SI ne lui a pas été régulièrement notifiée ;

- il n'a pas reçu l'information exigée par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route préalablement aux retraits des points ;

- la réalité de l'infraction n'est pas établie car il n'a pas payé les amendes forfaitaires et formé des requêtes en exonération.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet.

Il fait valoir que la requête est tardive et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. L'article R. 222-1 du code de justice administrative dispose que : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours () peuvent, par ordonnance : 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; () ".

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 411-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai ". Enfin, selon l'article R. 223-3 du code de la route : " () Si le retrait de points aboutit à un nombre nul de points affectés au permis de conduire, l'auteur de l'infraction est informé par le ministre de l'intérieur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception du nombre de points retirés. Cette lettre récapitule les précédents retraits ayant concouru au solde nul, prononce l'invalidation du permis de conduire et enjoint à l'intéressé de restituer celui-ci au préfet du département ou de la collectivité d'outre-mer de son lieu de résidence dans un délai de dix jours francs à compter de sa réception. ".

3. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. En cas de retour à l'administration du pli contenant la notification, cette preuve peut résulter, soit des mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe et l'avis de réception, soit, à défaut, d'une attestation de la Poste ou d'autres éléments de preuve établissant la première présentation du pli et la délivrance, par le préposé du service postal, conformément à la réglementation en vigueur, d'un avis d'instance prévenant le destinataire de ce que le pli était à sa disposition au bureau de poste.

4. Il résulte de la réglementation postale, et notamment de l'instruction postale du 6 septembre 1990, qu'en cas d'absence du destinataire d'une lettre remise contre signature, le facteur doit, en premier lieu, porter la date de vaine présentation sur le volet " preuve de distribution " de la liasse postale, cette date se dupliquant sur les autres volets, en deuxième lieu, détacher de la liasse l'avis de passage et y mentionner le motif de non distribution, la date et l'heure à partir desquelles le pli peut être retiré au bureau d'instance et le nom et l'adresse de ce bureau, cette dernière indication pouvant résulter de l'apposition d'une étiquette adhésive, en troisième lieu, déposer l'avis ainsi complété dans la boîte aux lettres du destinataire et, enfin, reporter sur le pli le motif de non distribution et le nom du bureau d'instance.

5. Compte tenu des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée la date de vaine présentation du courrier et qui porte, sur l'enveloppe ou l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis.

6. Il est constant que le pli n° 2C 155 255 5826 4 contenant la décision " 48 SI " invalidant le permis de conduire du requérant et récapitulant les décisions successives de retrait de points consécutives aux infractions au code de la route, commises par M. A, a été présenté le 27 février 2020 à l'adresse libellée " 12, rue Jacques Prévert, 78280 Guyancourt ". Si M. A soutient qu'il n'habitait plus à cette adresse au moment où le pli lui a été adressé d'une part, il se borne à produire une attestation sur l'honneur de sa mère affirmant qu'il résidait chez elle, 10 allée de Versailles à Guyancourt et un avis d'imposition sur les revenus de 2019 établi le 8 décembre 2020 d'autre, part, l'accusé de réception postal produit par le ministre de l'intérieur est revenu au service expéditeur avec les mentions " pli avisé non réclamé ", signifiant qu'il y avait bien sur les lieux une boite aux lettres au nom de l'intéressé. Dans ces conditions, la décision " 48 SI " contestée, établie selon un modèle-type comportant, au verso, la mention des voies et délais de recours, doit être regardée comme ayant été régulièrement notifiée le 27 février 2020 alors même que ne figurent pas sur le pli retourné à l'expéditeur les renseignements concernant l'heure à laquelle le pli a été présenté, ni le nom et l'adresse du bureau de poste dans lequel le pli pouvait être retiré. Dans ces conditions, il apparaît que la requête, enregistrée le 3 mai 2024 au greffe du tribunal administratif de Versailles, a été déposée bien au-delà du délai de deux mois prévus par l'article R. 421-1 du code de justice administrative. En outre, le recours gracieux formé par le requérant ayant également été introduit après l'expiration du délai de recours contentieux, il n'a pu avoir pour effet de prolonger ce délai. Par suite, le ministre de l'Intérieur et des outre-mer est fondé à soutenir que les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation des décisions attaquées sont tardives.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête est entachée d'une irrecevabilité manifeste et doit être rejetée en toutes ses conclusions par application des dispositions précitées du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Fait à Versailles, le 4 octobre 2024

La présidente de la 3ème chambre,

Signé

C. Rollet-Perraud

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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