mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2404035 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 mai et 2 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Peter, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas possible de s'assurer de ce que les membres de la commission du titre de séjour ont été valablement désignés et de leur compétence ;
- la commission du titre de séjour a entaché son avis d'un défaut d'examen de sa situation ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît la circulaire NORINTK1229185C ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 3 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été reportée au 12 septembre 2024 à 12 heures.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Caron, première conseillère,
- et les observations de Me Peter, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant pakistanais né en 1973, est entré en France, selon ses déclarations, le 8 octobre 2008. Il a fait l'objet, les 30 janvier 2014 et 30 novembre 2015, de deux refus de séjour assortis d'obligations de quitter le territoire auxquelles il s'est soustrait. Il a sollicité, le 15 mars 2021, son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 novembre 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Il ressort des pièces du dossier que par une décision du 6 février 2024, notifiée le 20 juin 2024, soit postérieurement à l'introduction de la requête, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions tendant à l'admission du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Dès lors, il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La commission du titre de séjour est composée : / 1° D'un maire ou de son suppléant désignés par le président de l'association des maires du département ou, lorsqu'il y a plusieurs associations de maires dans le département, par le préfet en concertation avec celles-ci () ; / 2° De deux personnalités qualifiées désignées par le préfet () ou, à Paris, par le préfet de police. / Le président de la commission du titre de séjour est désigné, parmi ses membres, par le préfet ou, à Paris, par le préfet de police. () ". Aux termes de l'article R. 432-6 du même code : " Le préfet ou, à Paris, le préfet de police met en place la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 par un arrêté : / 1° Constatant la désignation des élus locaux mentionnés au 1° du même article ; / 2° Désignant les personnalités qualifiées mentionnées au 2° du même article ; / 3° Désignant le président de la commission ".
5. Eu égard au caractère réglementaire des arrêtés préfectoraux fixant la composition de la commission du titre de séjour, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté n° 2023-PREF-DIMI-BSE-CTS-001 du 6 janvier 2023 publié le 12 janvier 2023 au recueil n°006 des actes administratifs de la préfecture et librement accessible sur internet, le préfet de l'Essonne a mis en place la commission du titre de séjour du département, conformément aux dispositions précitées des articles L. 432-14 et R. 432-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La composition de cette instance, dans sa réunion du 13 février 2023 au cours de laquelle a été examinée la situation de M. A, étant conforme tant à ces dispositions qu'à l'arrêté du préfet de l'Essonne du 6 janvier 2023, le moyen tiré de l'irrégularité de la composition de la commission du titre de séjour doit être écarté.
6. En deuxième lieu, la seule circonstance que l'avis de la commission du titre de séjour rendu le 13 février 2023 indique que M. A " n'apporte aucune preuve de travail à son dossier ", alors qu'il produit à l'appui de sa requête 29 fiches de paie, ne suffit pas à établir que la commission du titre de séjour n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation. En outre, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'intéressé n'aurait pas été, ainsi qu'il l'allègue, en mesure de produire ces éléments devant la commission du fait de ses difficultés en langue française, alors au demeurant qu'il se prévaut de sa présence en France depuis 2008 et que sa convocation devant la commission précisait qu'il pouvait être accompagné, outre son conseil, d'une personne de son choix. Le moyen doit donc être écarté.
7. En troisième lieu, en présence d'une demande de régularisation présentée par un étranger sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier si l'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", "travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels. Un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
8. M. A se prévaut de son insertion professionnelle depuis 2021, et justifie travailler en qualité de peintre pour la même société en contrat à durée indéterminée depuis le 20 janvier 2023. Il ne justifie toutefois d'aucun lien familial sur le territoire français, et il ressort en outre des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet de deux précédentes obligations de quitter le territoire auxquelles il s'est soustrait. Dans ces conditions, et bien que le requérant justifie de son ancienneté sur le territoire français où il a tissé des liens amicaux, ainsi que de ses efforts d'insertion professionnelle, compte tenu de sa qualification et des caractéristiques de l'emploi qu'il occupe, le préfet de l'Essonne n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de l'intéressé au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant son admission au séjour.
9. En quatrième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir des énonciations de la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur, et notamment de celles relatives à l'examen des demandes d'admission exceptionnelle au séjour des ressortissants étrangers en situation irrégulière, cette circulaire étant dépourvue de valeur réglementaire.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. Il ressort des pièces du dossier que M. A est sans charge de famille en France, son épouse et ses quatre enfants résidant au Pakistan où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 35 ans. S'il fait valoir que deux de ses enfants seraient décédés, il n'en justifie pas. Par ailleurs, s'il fait état de problèmes de santé, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un suivi médical dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors même que l'intéressé est inséré professionnellement, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en édictant l'arrêté attaqué, le préfet de l'Essonne aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entaché l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, et celles qu'il présente sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Boukheloua, présidente,
Mme Caron, première conseillère,
M. Maljevic, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
La rapporteure,
signé
V. Caron
La présidente,
signé
N. BoukhelouaLa greffière,
signé
B. Bartyzel
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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