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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2404044

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2404044

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2404044
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de M. B, ressortissant congolais, qui contestait l'arrêté du 29 avril 2024 de la préfète de l'Essonne refusant le renouvellement de son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a estimé que la préfète n'avait pas commis d'erreur de fait ni d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que la présence de M. B constituait une menace pour l'ordre public, en raison de sa condamnation pour violences sur conjoint et sur mineur. Cette décision a été fondée sur les articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 mai 2024, M. A B, représenté par Me Levy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreurs de fait ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par une ordonnance du 15 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 août 2024 à 12 heures.

Un mémoire en défense, présenté par la préfète de l'Essonne, a été enregistré le 16 septembre 2024, soit postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience sur ce litige en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Caron a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant congolais né en 1979, est entré en France le 8 octobre 2004. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision du 23 février 2005, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 29 septembre 2005. La demande de réexamen présentée par l'intéressé a également été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 9 février 2006. Il a été titulaire de titres de séjour à partir de 2016, et a obtenu en dernier lieu une carte de séjour pluriannuelle valable du 17 février 2020 au 16 février 2022, dont il a demandé le renouvellement le 8 mars 2022. Par un arrêté du 29 avril 2024, dont M. B demande l'annulation, la préfète de l'Essonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'issue de ce délai.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 432-2 de ce code, dans sa version applicable en l'espèce : " Le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à l'étranger qui cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de cette carte dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations. () ".

3. Pour refuser à M. B le renouvellement de son titre de séjour, la préfète de l'Essonne a retenu que la présence en France de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public. Elle s'est fondée sur des signalements pour des faits de violence sur mineur de quinze ans et violence sur conjoint en 2018 et 2021 et de violation par une personne physique d'une interdiction prononcée pour le contrôle judiciaire d'une personne morale en 2022, ainsi que sur une condamnation prononcée le 17 juin 2022 à la peine de 4 mois d'emprisonnement assortie d'un sursis probatoire pendant deux ans pour des faits de violence sur conjoint et de violence sur un mineur de quinze ans par ascendant ou personne ayant autorité sur la victime.

4. M. B ne conteste pas les faits de violences pour lesquels il a été condamné, commis notamment à l'encontre de son ex-compagne mère de ses deux enfants, dont il est désormais séparé. S'il fait valoir qu'il vit désormais depuis un an et demi avec sa nouvelle compagne, titulaire d'une carte de résident, et la fille de celle-ci, leur vie commune est récente. Par ailleurs, il ne conteste pas être soumis à une interdiction d'entrer en relation avec la mère de ses deux enfants mineurs, et indique que celle-ci fait obstacle à ce qu'il voit ses enfants. Toutefois, il ne justifie pas de démarches, autres qu'un courrier de son avocat à son ex-compagne, entreprises en vue de voir ses enfants, alors même qu'il justifie de quelques virements au profit de cette dernière. Enfin, s'il justifie travailler en tant qu'accompagnant éducatif et social dans une maison d'accueil spécialisée en contrat à durée indéterminée depuis le 1er juin 2022, l'insertion professionnelle dont il se prévaut est récente. Eu égard à la nature et à la gravité des faits pour lesquels il a été condamné, et en dépit de leur caractère isolé, ces faits sont de nature à faire regarder la présence de M. B comme une menace à l'ordre public. Par suite, et alors même qu'il est entré en France en 2004, la préfète n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation du requérant en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

5. En deuxième lieu, si M. B soutient que la décision est entachée d'erreurs de fait en ce qu'elle mentionne qu'il aurait méconnu les obligations d'un contrôle judiciaire et qu'il aurait été condamné pour des faits commis en récidive, il résulte de l'instruction que la préfète de l'Essonne aurait pris la même décision de refus de renouvellement du titre de séjour du requérant si elle ne s'était pas fondée sur ces éléments. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles qu'il présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boukheloua, présidente,

Mme Caron, première conseillère,

M. Maljevic, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

La rapporteure,

signé

V. CaronLa présidente,

signé

N. Boukheloua

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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