Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2404060
vendredi 31 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2404060 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 mai 2024, M. C A, représenté par Me Slucki-Krzywkowski, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer une convocation en vue d'une remise de titre séjour dans un délai de huit jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a contracté mariage le 28 décembre 2020 à Bamako avec Mme D B, le mariage ayant été transcrit en France le 11 avril 2023 et son épouse ayant acquis la nationalité française par décret du 14 août 2020 ; deux enfants sont issus du couple et nés en 2021 et 2024 ; il est arrivé en France le 21 novembre 2021 et y resté jusqu'au 18 février 2022 puis est revenu le 26 février 2023 sous couvert d'un visa long séjour portant la mention " stagiaire " ; il a sollicité une première demande de titre de séjour en qualité de conjoint de français le 5 août 2023, laquelle a été clôturée le 5 octobre 2023 au motif qu'il devait faire une demande de renouvellement et non une première demande ; il a été convoqué en préfecture le 25 octobre 2023 afin de déposer sa demande de titre de séjour " salarié " mais n'a pu faire enregistrer cette demande au motif qu'une autre demande était en cours d'instruction ; suite au dépôt le 10 octobre 2023 de sa nouvelle demande de renouvellement de titre de séjour vie privée et familiale conjoint de français, il a reçu une demande de complément d'informations à laquelle il a répondu le 25 décembre 2023 ; il a bénéficié d'une attestation de prolongation d'instruction valable du 15 décembre 2023 au 14 mars 2024 ; ses relances sont restées vaines à ce jour ;
- l'urgence tient à ce qu'il ne peut pas travailler alors qu'il est médecin biologiste dès lors que l'article 2 de son contrat de stage valable du 15 août 2023 au 14 février 2024 exige la possession d'un titre de séjour ;
- la mesure est utile compte tenu de sa demande en bonne et due forme titre de séjour ;
- sa demande ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.
La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne qui n'a pas répondu.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Fraisseix, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant malien né le 3 novembre 1980, a déposé le 5 août 2023 une première demande de titre de séjour mention " vie privée et familiale " qui a été clôturée le 5 octobre 2023 au motif qu'il devait présenter une demande de renouvellement et non une première demande. Il a déposé le 17 août 2023 une demande de renouvellement de titre de séjour " salarié " mais cette demande n'a pas été enregistrée dès lors qu'une autre demande en qualité de conjoint de français était en cours d'instruction déposée le 10 octobre 2023. Par la présente requête, il demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer une convocation en vue d'une remise de titre séjour.
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".
3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 523-1, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.
4. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
5. Lorsque le rendez-vous ne peut être obtenu qu'en se connectant au site internet de la préfecture, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
6. Il résulte de l'instruction qu'eu égard aux difficultés rencontrées par les ressortissants étrangers pour déposer leur demande de titre de séjour, en l'absence de plages horaires libres pour la prise de rendez-vous sur le site internet de la préfecture, le préfet de l'Essonne a mis en place une nouvelle procédure, à compter du 15 novembre 2021, qui permet aux ressortissants étrangers souhaitant demander leur admission exceptionnelle au séjour de déposer un dossier succinct en créant un compte " démarches simplifiées " sur le site de la préfecture, qui leur propose ensuite un rendez-vous pour déposer l'ensemble de leur dossier, suivant la date de dépôt des demandes.
7. En l'espèce, il ressort des échanges de courriels et courriers versés au dossier que M. A établit avoir tenté en vain de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour en qualité de conjoint de français par le biais des plateformes des préfectures ainsi que par le téléservice ANEF et être confronté depuis plusieurs mois, malgré différentes relances auprès des services préfectoraux, à l'impossibilité d'obtenir une réponse à sa demande. L'intéressé, qui reste sans carte de séjour valide et dont l'attestation de prolongation d'instruction a expiré le 14 mars 2024, se trouve ainsi dans une situation de blocage alors même qu'il ne travaille plus depuis le 1er novembre 2023 en raison de sa situation administrative. Dans ces conditions, dans les circonstances particulières de l'espèce, la mesure sollicitée par M. A tendant à ce qu'il soit fait injonction à la préfecture de l'Essonne de lui délivrer une convocation en vue d'une remise de titre séjour n'est pas dépourvue d'utilité. La condition d'urgence posée par les dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite. Enfin, la mesure demandée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de délivrer à M. A une convocation en vue d'une remise de titre séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, si son dossier est complet. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une quelconque somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de délivrer à M. A une convocation en vue d'une remise de titre séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, si son dossier est complet.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, au ministre de l'intérieur et des Outre-mer et à la préfète de l'Essonne.
Fait à Versailles, le 31 mai 2024.
Le juge des référés,
signé
P. Fraisseix
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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