mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2404081 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 mai et 3 août2024, M. B A, représenté par Me Mileo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 avril 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de résident ou une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de situation dans les mêmes conditions de délai et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail dans l'attente du réexamen ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'incompétence faute pour son signataire de justifier d'une délégation de signature régulière ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation et n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour, en méconnaissance des dispositions des articles L. 312-1 et L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale dès lors qu'elle est fondée sur les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il relevait d'une demande de renouvellement de titre de séjour ;
- le motif tiré de l'atteinte à l'ordre public est entaché d'erreur de droit ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'incompétence faute pour son signataire de justifier d'une délégation de signature régulière ;
- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 5 août 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 août 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Maljevic, conseiller,
- et les observations de Me Moller, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant marocain né en 1996, est entré en France le 1er juillet 2001 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa long séjour. Il s'est vu délivrer plusieurs documents de circulation pour étranger mineur valable du 29 juin 2010 au 15 mai 2014 puis trois titres de séjour, le dernier, une carte de séjour pluri-annuelle portant la mention " vie privée et familiale ", valable du 8 octobre 2021 au 7 octobre 2023. Il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 25 septembre 2023. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 avril 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office à l'expiration de ce délai.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
3. Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 432-2 du même code : " Le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à l'étranger qui cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de cette carte dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations ".
4. Pour refuser de faire droit à la demande de renouvellement du titre de séjour de M. A, la préfète de l'Essonne a retenu que la présence en France de l'intéressé présentait un risque de menace à l'ordre public. Pour établir cette menace, la préfète a relevé que l'intéressé a fait l'objet d'une condamnation, le 11 février 2020, par le tribunal correctionnel de Bobigny à une peine de 8 mois d'emprisonnement avec sursis pour offre ou cession non autorisée de stupéfiants, transport non autorisé de stupéfiants, détention non autorisée de stupéfiants, acquisition non autorisée de stupéfiants et d'un signalement au fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ) pour délit de fuite après un accident par conducteur de véhicule terrestre et d'une tentative de dissimulation d'identité.
5. Il ressort toutefois des pièces du dossier que les faits en cause, ayant justifié la seule condamnation de l'intéressé, n'ont pas été réitérés et sont au demeurant contestés, le requérant ayant interjeté appel du jugement du tribunal correctionnel devant la cour d'appel de Paris. Quant aux faits à l'origine du signalement au traitement des antécédents judiciaires (TAJ), ces derniers, qui datent du 17 octobre 2015, présentent un caractère ancien et n'ont pas donné lieu à une condamnation. Par ailleurs, M. A est entré régulièrement en France le 1er juillet 2001, et y réside de façon régulière depuis cette date, soit depuis l'âge de 5 ans. Il justifie, par les pièces qu'il produit, d'une relation de concubinage avec une ressortissante française avec laquelle il établit avoir entrepris des démarches médicales en vue d'avoir un enfant. Enfin, l'intéressé dispose également de l'essentiel de ses attaches privées et familiales sur le territoire national où vivent ses parents, où il a suivi l'intégralité de sa scolarité. Il est, à cet égard, titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée depuis le 21 février 2022 en qualité d'agent d'exploitation logistique. Dans ces conditions, eu égard à la durée de sa présence en France, à sa vie privée et familiale et à l'unique condamnation pénale dont il a fait l'objet, M. A est fondé à soutenir qu'en refusant le renouvellement de son titre de séjour par l'arrêté du 15 avril 2024, la préfète de l'Essonne a, dans les circonstances très particulières de l'espèce, entaché son arrêté d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 423-23 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 avril 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a refusé le renouvellement son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
7. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'une modification de la situation de droit ou de fait y ferait obstacle, son exécution implique nécessairement la délivrance à M. A d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Essonne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer au requérant ce titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 15 avril 2024, par lequel la préfète de l'Essonne a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A, est annulé.
Article 2 : Sous réserve de modification dans les circonstances de droit ou de fait, il est enjoint à la préfète de l'Essonne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Boukheloua, présidente,
Mme Caron, première conseillère,
M. Maljevic, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
S. Maljevic
La présidente,
signé
N. Boukheloua
La greffière,
signé
B. Bartyzel
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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