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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2404253

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2404253

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2404253
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSALIGARI

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a examiné la requête de M. A, ressortissant indien, contestant le refus de renouvellement de son titre de séjour "salarié" et l'obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a relevé que la préfète s'était fondée sur l'absence d'autorisation de travail, mais que M. A produisait une autorisation de travail délivrée par le ministre de l'intérieur le 11 septembre 2023. Cette circonstance a conduit le tribunal à considérer que la décision de refus était entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit au regard des articles L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 5221-2 du code du travail. En conséquence, le tribunal a annulé l'arrêté du 25 avril 2024, incluant le refus de titre, l'obligation de quitter le territoire et la fixation du pays de destination, et a enjoint à la préfète de délivrer un titre de séjour à M. A.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mai 2024, M. B A, représenté par Me Saligari, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours, en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit s'agissant de l'article L. 432-1 du code précité ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qui la fonde ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui la fonde.

Un mémoire en production de pièces a été produit par la préfète de l'Essonne le 27 août 2024 et a été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Geismar, première conseillère,

- les observations de Me Legrand, substituant Me Saligari, pour le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant indien né en 1976, a déclaré être entré en France le 27 janvier 2006 muni d'un visa court séjour. Il a bénéficié de titres de séjour " salarié " valables du 30 mai 2017 au 10 juin 2022 et en a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 25 avril 2024, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Essonne a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours, en fixant le pays de destination.

2. L'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ". L'article L. 433-1 du même code prévoit que : " () Par dérogation au présent article la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " prévue à l'article L. 421-1, ainsi que la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent " prévue aux articles L. 421-9, L. 421-11 ou L. 421-14, sont renouvelées dans les conditions prévues à ces mêmes articles ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / () 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Aux termes de l'article L. 5221-5 du même code : " Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2 () ". Aux termes de l'article R. 5221-1 de ce code : " I. - Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : / 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse (). / II. - La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur. / () Tout nouveau contrat de travail fait l'objet d'une demande d'autorisation de travail ".

3. Pour refuser le titre de séjour sollicité, la préfète de l'Essonne s'est fondée, en application des dispositions reproduites ci-dessus, sur la circonstance que le requérant ne produisait pas d'autorisation de travail, et que la demande d'autorisation de travail formée par son employeur avait fait l'objet d'une clôture automatique en l'absence de réponse sur une demande de complément. S'il ressort en effet des pièces du dossier que l'intéressé avait d'abord déposé deux demandes, le 28 novembre 2022 et le 6 mars 2023, sans obtenir de réponse favorable, M. A produit une autorisation de travail délivrée par le ministre de l'intérieur, qui indique que sa demande, déposée le 11 septembre 2023 a fait l'objet d'une instruction à l'issue de laquelle une décision favorable a été prise le 15 septembre 2023. Ce document mentionne ainsi qu'une autorisation de travail est accordée pour " M. C A, recruté en CDI pour travailler au sein de l'entreprise SAS Gallet ". Dès lors, le requérant est fondé à soutenir que la décision litigieuse, qui refuse le renouvellement de son titre de séjour au motif qu'il ne dispose pas d'autorisation de travail, est entachée d'une erreur de fait.

4. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 25 avril 2024 par laquelle la préfète de l'Essonne a refusé de renouveler son titre de séjour " salarié ", sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens.

5. Il résulte également de ce qui précède que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination doivent, par voie de conséquence, être annulées.

6. Le sens du présent jugement implique, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint à la préfète de l'Essonne, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A un titre de séjour " salarié " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros que réclame M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 25 avril 2024 de la préfète de l'Essonne est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A un titre de séjour " salarié " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

- M. Maitre, premier conseiller,

- Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

M. Geismar

La présidente,

signé

N. Ribeiro Mengoli

La greffière,

signé

I.de Dutto

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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