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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2404366

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2404366

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2404366
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mai 2024, M. B C, représenté par Me Cloris, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2024 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente à défaut de production d'une délégation de signature régulière ;

- elle n'est pas suffisamment motivée et sa situation n'a pas été sérieusement examinée ;

- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu car il vit en concubinage avec une compatriote ayant obtenu le statut de réfugié en 2017 ;

- elle est en outre entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire :

- elle repose sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle repose sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 juin 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau, a conclu au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens opposés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte européenne des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Fraisseix, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 juin 2024 qui s'est tenue en présence de Mme Ben Hadj Messaoud, greffière d'audience :

- le rapport de M. Fraisseix ;

-les observations de Me Leroy substituant Me Cloris, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête en enjoignant en outre au réexamen de la situation administrative du requérant et soutient en outre que qu'il est marié avec une bénéficiaire de la protection subsidiaire qui ne pourra le suivre en cas d'éloignement ;

- les observations de M. C, assisté de M. A interprète en langue tamoul ;

- le préfet de police n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant sri lankais né le 6 mars 1982, a vu sa demande de réfugié et de bénéfice de la protection subsidiaire définitivement refusée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 27 février 2015, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 24 septembre 2015. L'office a en outre déclaré irrecevables les demandes de réexamen présentées par décisions des 28 novembre 2016 et 25 janvier 2021, décisions confirmées par la Cour nationale du droit d'asile le 27 mars 2017. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 mai 2024 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. C est marié depuis le 21 août 2021 avec Mme D, ressortissante sri lankaise, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 29 juillet 2033, le couple ayant eu un enfant né le 25 mai 2022 à Evry-Courcouronnes. En outre, M. C établie par différentes pièces probantes versées aux débats une vie commune depuis le mois de janvier 2024 avec Mme D. Il s'ensuit que M. C est fondé à soutenir que les stipulations précitées ont été méconnues.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 23 mai 2024 du préfet de police doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Le présent jugement implique nécessairement, en application de l'article L. 572-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet de police ou le préfet territorialement compétent réexamine la situation de M. C et lui délivre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu de l'y enjoindre dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. C sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 23 mai 2024 du préfet de police est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la situation de M. C dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à M. C la somme de 1 000 (mille) euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

signé

P. Fraisseix

La greffière,

signé

L. Ben Hadj Messaoud

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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