vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2404441 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 mai 2024, M. B A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 avril 2024 par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français et a interdit sa circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit dès lors que, de nationalité portugaise, il ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas un trouble à l'ordre public ;
- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il séjourne en France depuis l'âge d'un an avec sa famille et qu'il y a suivi sa scolarité et exercé une activité professionnelle.
La clôture de l'instruction a été fixée au 8 juillet 2024.
Un mémoire, produit par la préfète de l'Essonne, a été enregistré le 24 septembre 2024 et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Geismar, première conseillère ;
- les observations de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant portugais né en 2000 à Lisbonne, a déclaré être entré en France en 2001. Par un arrêté du 25 avril 2024, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () "
3. Les dispositions reproduites ci-dessus sont applicables aux citoyens de l'Union Européenne, et donc aux ressortissants portugais. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté, qui édicte une obligation de quitter le territoire français à son encontre, serait entaché d'une erreur de droit au motif qu'il est de nationalité européenne.
4. En deuxième lieu, il appartient à l'autorité administrative d'un Etat membre qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre Etat membre de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
5. Il ressort des termes non contestés de l'arrêté litigieux que M. A a fait l'objet de 8 signalements entre 2014 et 2022 pour des faits de vol de véhicule, offre ou cession de stupéfiants, violation de domicile, transport de stupéfiants, violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique et conduite sans permis. En outre, le requérant a fait l'objet de trois condamnations prononcées par le tribunal correctionnel de Bobigny entre le 28 septembre 2020 et le 22 novembre 2022, et a ainsi été condamné à des peines de 8 mois d'emprisonnement avec sursis, le sursis ayant été révoqué, pour notamment transport non autorisé de stupéfiants, offre ou cession non autorisée de stupéfiants, et introduction dans le domicile d'autrui à l'aide de manœuvres, menace, voies de fait ou contrainte et dégradation ou détérioration d'un bien appartement à autrui , et de 6 et 8 mois d'emprisonnement pour notamment transport non autorisé de stupéfiants en récidive, offre ou cession non autorisée de stupéfiants en récidive, violence sur personne dépositaire de l'autorité publique sans incapacité, en récidive et port sans motif légitime d'arme blanche. Eu égard à la gravité de ces faits, à leur nombre et à leur réitération, et alors que le requérant ne justifie d'aucune insertion quelconque en France ni d'aucun lien personnel ou familial sur le territoire, le moyen tiré de l'inexacte application de l'article L. 251-1 précité doit être écarté.
6. En troisième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Si M. A fait valoir qu'il est entré en France à l'âge d'un an et qu'il y a suivi sa scolarité et se prévaut également de la présence, sur le territoire, de membres de sa famille, il ne produit aucun élément de nature à étayer ses allégations. Dès lors, et eu égard à ce qui a été dit au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 précité doit être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 avril 2024 par lequel la préfete de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français et a interdit sa circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,
- M. Maitre, premier conseiller,
- Mme Geismar, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
M. Geismar
La présidente,
signé
N. Ribeiro-Mengoli
La greffière,
signé
I.de Dutto
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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