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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2404478

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2404478

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2404478
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantLEBON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mai 2024, M. A B, représenté par Me Lebon, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 6 mai 2024 par lesquelles la préfète de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Il soutient que :

- les décisions en litige sont insuffisamment motivées ;

- il remplit les conditions pour obtenir un titre de séjour au regard de sa vie privée et familiale et les faits énoncés par la préfète ne permettent pas de considérer qu'il constitue une menace sérieuse à l'ordre public ;

- les décisions portent une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 septembre 2024, non communiqué, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 29 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Rollet-Perraud a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité tunisienne, né en 1994, a sollicité le 15 décembre 2022 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par des décisions du 6 mai 2024 dont M. B demande l'annulation, la préfète de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, les décisions en litige comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles exposent les circonstances de fait propres à la situation personnelle, notamment familiale, de M. B, ainsi que les éléments relatifs aux condamnations et signalements dont l'intéressé a fait l'objet, sur lesquels la préfète s'est fondée pour prendre les décisions en litige. Par suite, et quand bien même il n'y est pas fait mention du contrat de travail dont bénéficie l'intéressé, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " Par ailleurs l'article L. 432-1 du même code énonce que : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. "

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui a fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire les 29 février 2012 et 28 août 2018, est père d'une enfant française née en 2021 dont il n'est pas contesté qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation. Toutefois, pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à l'intéressé, la préfète de l'Essonne a retenu que celui-ci représente une menace pour l'ordre public dès lors qu'il a été condamné le 17 décembre 2020 par la chambre des appels correctionnels de Paris à quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour " usage de faux document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation " et le 3 juin 2020, par la chambre des appels correctionnels de Paris à 4 mois d'emprisonnement pour " violence par une personne en état d'ivresse manifeste suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours ". La préfète relève également les signalements du 27 août 2018 pour faux dans un document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation et du 19 mai 2013 pour violence ayant entraîné une incapacité de travail n'excédant pas 8 jours, faits dont l'intéressé ne conteste pas sérieusement la matérialité. Par suite, eu égard à la gravité et au caractère récent de certains des faits commis mais aussi à leur récidive, la préfète de l'Essonne a pu légalement, sans faire une inexacte appréciation des circonstances de l'espèce, estimer que la présence en France de M. B constituait une menace pour l'ordre public et qu'il y avait lieu, pour ce motif, de refuser de lui délivrer le titre de séjour sollicité. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision contestée aurait été prise en méconnaissance des dispositions citées au point 3 doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. M. B soutient qu'il réside en France depuis 2011 sans toutefois l'établir, qu'il vit avec une ressortissante française et leur enfant, que les décisions priveraient un enfant de grandir et d'évoluer auprès de son père et qu'il serait isolé en cas de retour dans son pays d'origine, les membres de sa fratrie séjournant régulièrement en France ou étant de nationalité française. Toutefois, en tenant compte du comportement de l'intéressé qui, ainsi qu'il a été exposé au point 4, constitue une menace à l'ordre public, la préfète de l'Essonne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels les décisions en litige ont été prises et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par M. B doivent, dès lors, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Milon, première conseillère,

- Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

C. Rollet-Perraud

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

A. MilonLa greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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