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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2404896

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2404896

mercredi 3 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2404896
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juin 2024, M. C A, représenté par Me Grégoire Hervet, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner à la préfète de l'Essonne, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de traiter dans les plus brefs délais sa demande de renouvellement de titre de séjour, et de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction dans un délai de trois jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence est caractérisée dès lors qu'il se trouve en situation d'insécurité juridique en l'absence du renouvellement de son titre de séjour ;

- il a le droit de voir sa demande de titre de séjour faire l'objet d'une instruction régulière et d'un examen particulier de la part de l'administration ; en l'absence de titre de séjour, son contrat de travail a été suspendu ; la décision porte atteinte à sa liberté d'aller et venir et à sa vie privée et familiale, ainsi qu'à son droit au travail ;

- il ne sera fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

La requête a été transmise à la préfète de l'Essonne, qui n'a pas produit d'écriture en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant marocain né le 9 mars 1984, est entré en France sous couvert d'un visa " étudiant " valable du 25 août 2018 au 25 août 2019. Il a par la suite bénéficié d'un titre de séjour pluriannuel " passeport talent : salarié qualifié ", valable jusqu'au 19 février 2024. Le 31 décembre 2023, il a demandé le renouvellement de son titre de séjour. Sa demande ayant toutefois été clôturée, il a déposé une nouvelle demande le 27 mai 2024. Il demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de traiter sa demande dans les plus brefs délais, et de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L.551-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". Par ailleurs, l'article L. 521-3 du code de justice administrative dispose que : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

4. Lorsque le rendez-vous ne peut être obtenu qu'en se connectant au site internet de la préfecture, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

5. Il résulte de l'instruction que M. A a demandé le renouvellement de son titre de séjour le 31 décembre 2023, soit avant expiration de celui-ci. Il ressort des différents courriels de l'intéressé adressés à l'administration, non contestés en défense, que cette demande de renouvellement a été clôturée à tort par l'agent instructeur de la sous-préfecture de Palaiseau et que M. A, sur les conseils de l'administration, a présenté une nouvelle demande, enregistrée le 27 mai 2024. Le requérant a depuis tenté en vain d'obtenir des informations sur l'avancement de son dossier. Enfin, il résulte de l'instruction qu'en raison du défaut de renouvellement de son titre de séjour, et à défaut de délivrance à l'intéressé de tout récépissé ou attestation de prolongation d'instruction de sa demande, le contrat de travail de M. A a été suspendu à compter du 20 février 2024. Dans ces conditions, la condition d'urgence posée par les dispositions précitées de l'article L.521-3 du code de justice administrative est remplie. Par ailleurs, il n'apparaît pas que cette demande se heurterait à une contestation sérieuse et qu'elle ferait obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de convoquer M. A dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance en vue de l'examen de sa demande de renouvellement de titre de séjour, et de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction ou un récépissé, sous réserve de la présentation d'un dossier complet, sans qu'il soit besoin, à ce stade, d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de donner un rendez-vous à M. A dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance en vue de l'examen de sa demande de renouvellement de titre de séjour, et de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction ou un récépissé, sous réserve de la présentation d'un dossier complet.

Article 2 : Il est mis à la charge de l'Etat la somme de 800 (huit cents) euros, à verser à M. A, au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 3 juillet 2024.

La juge des référés,

signé

B. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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