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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2404913

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2404913

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2404913
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juin 2024 au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne puis transmise et enregistrée au greffe du tribunal administratif de Versailles le 12 juin 2024, M. C B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel la préfète de l'Aube a prolongé son interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a signalé aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

- il méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2024, la préfète de l'Aube, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 juillet 2024 qui s'est tenue en présence de Mme Ben Hadj Messaoud, greffière :

- le rapport de Mme D ;

- les observations de Me Lamirand, avocate désignée d'office, représentant M. B, non présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- la préfète de l'Aube n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 18 novembre 1988 à Tizi-Ouzou, a, par un arrêté du 9 juillet 2023 du préfet des Yvelines, fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour pendant une durée d'un an. Par un arrêté du 24 mai 2024, la préfète de l'Aube a prolongé son interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a signalé aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° PCICP2024089-0004 du 29 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Aube du même jour, la préfète de l'Aube a donné délégation à Mme F A, directrice de la citoyenneté, de la légalité et des collectivités locales à l'effet de notamment signer tous les arrêtés relevant des attributions de sa direction, au nombre desquelles figurent les mesures relatives à la police des étrangers et, en cas d'absence ou d'empêchement, à Mme G E, cheffe du service des étrangers, signataire de l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige mentionne les textes dont il est fait application notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B ainsi que les éléments sur lesquels la préfète de l'Aube s'est fondée pour prolonger son interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète de l'Aube ne se serait pas livrée à un examen particulier de sa situation personnelle.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ".

6. En l'espèce, M. B n'établit pas avoir en France de liens personnels, privés ou familiaux d'une particulière intensité. S'il soutient avoir eu des problèmes de santé en 2021, il n'établit pas qu'ils persistent à la date de la décision attaquée et qu'ils ne pourraient être traités dans son pays d'origine dans lequel il n'établit pas, au demeurant, être dépourvu de tous liens personnels et familiaux. Ainsi, la préfète de l'Aube n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. B de mener une vie privée et familiale normale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, il y a également lieu d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

7. En septième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. M. B soutient qu'il craint subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, en raison de ses convictions religieuses. Toutefois, le requérant ne produit aucun élément pertinent de nature à établir la réalité des risques auxquels il serait exposé en cas de retour dans le pays dont il a la nationalité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel la préfète de l'Aube a prolongé son interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a signalé aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour.

Sur les frais de l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète de l'Aube.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.

La magistrate désignée,

signé

Ch. D La greffière,

signé

L. Ben Hadj Messaoud

La République mande et ordonne à la préfète de l'Aube en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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