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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2405065

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2405065

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2405065
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 juin et le 2 juillet 2024, la société par actions simplifiée TDF, représentée par Me Bon-Julien, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté en date du 24 janvier 2024 par lequel le maire de Saint-Michel-sur-Orge s'est opposé à la déclaration préalable déposée le 2 janvier 2024 pour l'installation de six antennes relais de téléphonie, d'une antenne GPS sur mât et des équipements techniques à proximité des antennes et la modification du garde-corps de celles-ci, sur le

toit-terrasse d'un immeuble situé sur la parcelle cadastrée section AN n° 0126, sis 41 rue de Liers sur le territoire de cette commune, ainsi que de la décision rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de Saint-Michel-sur-Orge de lui délivrer un arrêté provisoire de non-opposition à la déclaration préalable enregistrée sous le numéro DP 091 570 24 10004, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Michel-sur-Orge une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'urgence :

- l'urgence est caractérisée compte tenu de l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile, des intérêts propres aux sociétés TDF et Free Mobile, qui sont toutes deux soumises à des engagements, la première vis-à-vis de la seconde et Free Mobile vis-à-vis du cadre des cahiers des charges de l'ARCEP au titre de cette couverture du territoire national par le réseau mobile, qui impose à l'opérateur une couverture du territoire français et de la population métropolitaine et de qualité en 3G, 4G et 5G ; la décision est également de nature à nuire de façon grave et irréversible aux intérêts de TDF, car le respect des engagements contractuels de mise à disposition de sites souscrits par TDF est bien constitutif d'un intérêt personnel, direct et immédiat de cette dernière, distinct de celui de Free Mobile ; au surplus, si l'urgence était refusée à TDF au seul motif que la société n'est pas opérateur de téléphonie mobile, un refus aurait pour conséquence de remettre en cause les contrats-cadres conclus par TDF ; enfin, le projet vise à couvrir en très haut débit des zones actuellement insuffisamment couvertes ;

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait ; en effet, le premier motif opposé au projet relatif à la présence d'une crèche, d'un collège, d'une école maternelle et d'une aire de jeu à proximité du projet et à " l'impératif de limiter l'exposition du jeune public aux champs électromagnétiques émis par les équipements utilisés dans les réseaux de télécommunication ou par les installations radioélectriques " n'est fondé sur aucun texte juridique ; le second motif opposé au projet, qui porte sur l'application de l'article UC1-11 du règlement du plan local d'urbanisme n'est pas motivé en fait ;

- le motif tiré de la nécessité de limiter l'exposition du jeune public aux champs électromagnétiques émis par les équipements utilisés dans les réseaux de télécommunication ou par les installations radioélectriques est entaché d'une erreur de droit ; il n'existe à cet égard aucun impératif juridiquement contraignant ; les établissements scolaires et l'aire de jeu visés sont situés à plus de cent mètres du projet ; la présence de ces équipements à proximité du projet ne permet pas de fonder une opposition au projet en application du principe de précaution ; le maire n'avance pas d'autres arguments factuels ;

- le motif tiré de ce que le projet ne présentait pas un aspect compatible avec le caractère et l'intérêt des lieux avoisinants, tel que le prescrivent l'article UC1-11 du règlement du plan local d'urbanisme et l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme est entaché d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, la commune de

Saint-Michel-sur-Orge conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite ;

- il n'existe aucun moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 17 juin 2024 sous le numéro 2405064 par laquelle la société TDF demande l'annulation des décisions attaquées.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Delage, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Paulin, greffière d'audience, M. Delage a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Semimo, substituant Me Bon-Julien, représentant la société TDF qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise en outre que, s'agissant de la condition relative à l'urgence, l'implantation de nouvelles antennes 4G vise à densifier la couverture en réseau du territoire et à gagner en débit de réseau dès lors que les autres antennes sont surchargées et sont éloignées du terrain d'assiette du projet litigieux ; le territoire n'est pas encore suffisamment couvert en réseau 5G et elle démontre l'existence de trous de couverture ; les cartes produites en défense, qui ne contiennent aucune donnée technique, n'ont pas de valeur probante ; l'absence de construction du projet d'installation d'antennes relais au 3 rue Gambetta n'a aucune incidence sur l'appréciation de l'urgence à suspendre les décisions attaquées en l'espèce ; s'agissant du motif relatif à l'exposition du jeune public aux champs magnétiques, la commune ne produit aucun élément circonstancié établissant le danger créé par ces nouvelles antennes, qui se situent à plus de cent mètres des infrastructures accueillant ce jeune public, et empiète sur la police administrative spéciale étatique relative aux antennes de télécommunications alors qu'elle doit justifier d'éléments de nature à faire application du principe de précaution ; s'agissant du motif relatif au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants, le projet a vocation à être établi sur un site situé en retrait de l'espace public et à s'insérer dans l'espace environnant.

- les observations de Mme A, représentant la commune de Saint-Michel-sur-Orge, qui persiste dans ses précédentes conclusions et précise en outre que de nombreuses antennes relais sont déjà installées sur le territoire ; le projet de construction de l'antenne relais au 3 rue Gambetta est autorisé depuis le 15 février 2024 et n'a pas démarré ; d'autres sites de la commune sont mieux à même d'accueillir une antenne, ce à quoi elle n'est pas opposée par principe mais, ouverte à la médiation, elle a proposé d'autres terrains d'assiette sans obtenir de réponse ; le fait qu'un décret interdise le wifi dans une crèche démontre le risque et l'absence d'urgence à suspendre.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le 2 janvier 2024, la société TDF a déposé un dossier de déclaration préalable pour l'installation de six antennes relais fixées sur trois mâts, intégrées dans une fausse chemisée, d'une antenne GPS sur mât, des équipements techniques à proximité des antennes, ainsi que la modification du garde-corps de celles-ci sur le toit-terrasse d'un immeuble situé sur la parcelle cadastrée section AN n° 0126, sis 41 rue de Liers sur le territoire de la commune de Saint-Michel-sur-Orge. Par un arrêté du 24 janvier 2024, le maire de Saint-Michel-sur-Orge s'est opposé à la réalisation des travaux objets de cette déclaration. La société TDF demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient ainsi au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. La société TDF établit, par la production de cartes de couverture du réseau de l'opérateur de téléphonie mobile Free mobile, que le territoire concerné par le projet refusé n'est pas couvert par le réseau 3G, 4G et 5G propre à cet opérateur. Elle démontre ainsi que la station relais projetée permettra de couvrir des zones actuellement non prises en charge par les antennes relais déjà implantées sur le territoire communal. La commune de Saint-Michel-sur-Orge conteste l'urgence en faisant valoir que des cartes de couverture réseau mises en ligne sur le site Internet de l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes établiraient que l'ensemble du territoire communal serait déjà couvert par les réseaux de cet opérateur. Toutefois, ces cartes n'ont qu'une portée indicative et ne comportent pas le niveau de précision des cartes de l'opérateur produites par la société requérante. Dès lors, la condition d'urgence posée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence de moyens propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions contestées est de nature à faire naître un doute sérieux quant à leur légalité.

6. En l'état de l'instruction, est également propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées le moyen tiré de l'erreur de droit résultant de ce qu'il n'existe pas d'impératif juridique contraignant limitant l'exposition des jeunes publics aux champs électromagnétiques.

7. Aux termes de l'article UC11 du règlement de la zone UC 1 du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Michel-sur-Orge : " Par leur aspect extérieur, les constructions et les autres modes d'occupation du sol ne doivent pas porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, des sites et des paysages. ". Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

8. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de ce que les décisions contestées procèdent d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et de l'article 11 du règlement de la zone UA 5 du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Michel-sur-Orge sont également propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de ces décisions.

9. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est susceptible, en l'état de l'instruction, de fonder la suspension de ces décisions.

10. Il en résulte que les deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies, de telle sorte qu'il y a lieu de prononcer la suspension des décisions attaquées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

11. L'exécution de la présente ordonnance qui suspend la décision par laquelle le maire de Saint-Michel-sur-Orge s'est opposé à la déclaration préalable de la société TDF et la décision rejetant son recours gracieux implique qu'il soit enjoint à l'administration de lui délivrer le certificat de non-opposition prévue à l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme. Il y a lieu d'enjoindre à la commune de Saint-Michel-sur-Orge, sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait et de droit, d'y procéder, à titre provisoire et dans l'attente du jugement au fond, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Saint-Michel-sur-Orge la somme que la société requérante demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 24 janvier 2024 par lequel le maire de

Saint-Michel-sur-Orge s'est opposé à la déclaration préalable de la société TDF, ainsi que de la décision rejetant implicitement son recours gracieux formé contre cet arrêté, est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de ces décisions.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Saint-Michel-sur-Orge de délivrer à la société TDF, à titre provisoire dans l'attente du jugement au fond, et sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait et de droit, le certificat de non-opposition prévue à l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société par actions simplifiée TDF et à la commune de Saint-Michel-sur-Orge.

Fait à Versailles, le 5 juillet 2024.

Le juge des référés,

signé

Ph. Delage

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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