jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2405108 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 juin 2024, M. A B, représenté par Me Luchez, demande au juge des référés :
- de suspendre la décision du 10 mai 2024 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité a refusé de renouveler sa carte professionnelle d'agent de sécurité ;
- d'enjoindre au conseil national des activités privées de sécurité de lui délivrer une autorisation provisoire d'exercer son activité d'agent de sécurité jusqu'au jugement au fond ;
- de mettre à la charge du conseil national des activités privées de sécurité la somme de 2 000 euros au titre des frais de l'instance.
Il soutient que :
- il y a urgence à suspendre la décision attaquée car ses deux contrats de travail ont été suspendus et il n'a pas d'autre emploi ;
- il y a un doute sérieux sur la légalité de cette décision qui est entachée d'un vice de procédure, d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 juin 2024, le conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête ;
Il soutient que les moyens exposés sont infondés.
La présidente du tribunal a désigné Mme Mathou, pour statuer sur les demandes de référé.
Vu les autres pièces du dossier et notamment la requête n° 2405097 enregistrée le 18 juin 2024 par laquelle M. B conclut à l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Paulin, greffière d'audience, Mme Mathou a lu son rapport et entendu :
-les observations de M. B, qui persiste dans ses écritures ;
- le CNAPS n'étant ni présent, ni représenté ;
L'instruction a été close à la fin de l'audience, à 10h30.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B exerce la profession d'agent de sécurité depuis 2019. Il était titulaire, à ce titre, d'une carte professionnelle, qui était valable jusqu'en 2024. Il en a demandé le renouvelleement mais par décision du 10 mai 2024, le directeur du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) lui a opposé un refus au motif qu'il avait été mis en cause pour des faits de violence. Par la présente requête, M. B demande la suspension de cette décision.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () " et aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. M. B exerce la profession d'agent de sécurité, cet exercice étant subordonné à la possession de la carte professionnelle dont le renouvellement lui a été refusé. Il est actuellement employé par deux sociétés qui lui assurent un revenu de 2 100 euros par mois. Privé de cette carte, M. B ne peut plus exercer sa profession et aucune pièce du dossier ne permet de considérer qu'il sera susceptible de trouver un emploi avec une rémunération équivalente à brève échéance. Il ressort des pièces du dossier que M. B vit seul, qu'il a quatre enfants à charge et verse des pensions alimentaires à ses deux ex-compagnes. Dans ces circonstances, la décision litigieuse porte une atteinte suffisamment grave et immédiate aux intérêts de M. B de telle sorte que la condition d'urgence prévue par les dispositions précitées est remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
5 Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions ; / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () ".
6. En l'état de l'instruction, au vu notamment du jugement du juge aux affaires familiales, des démarches effectuées par l'intéressé et de ses déclarations devant les services de police, de ses déclarations durant l'audience, des nombreuses attestations de témoins, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure est propre à créer un doute sérieux sur sa légalité.
7. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies. Par suite, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision du 10 mai 2024 par laquelle le directeur du CNAPS a rejeté la demande de renouvellement de la carte professionnelle d'agent de sécurité privée de M. B, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ".
9. Au vu du motif de suspension retenu, il y a lieu d'enjoindre au directeur du CNAPS de munir M. B d'une autorisation provisoire d'exercice de l'activité d'agent de sécurité privée, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.
Sur les frais liés au litige :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du CNAPS la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 10 mai 2024 par laquelle le directeur du CNAPS a rejeté la demande de M. B tendant au renouvellement de sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au directeur du CNAPS de munir M. B d'une autorisation provisoire d'exercice de l'activité d'agent de sécurité privée, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.
Article 3 : Le CNAPS versera une somme de 1 000 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au directeur du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS).
Fait à Versailles, le 4 juillet 2024
Le juge des référés,
signé
C. Mathou
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N° 2405108
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