mercredi 7 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2405114 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 juin 2024, M. B A, représenté par Me Berthilier, demande au juge des référés :
1°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui accorder un rendez-vous afin qu'il puisse déposer une demande de titre de séjour, dans le délai de sept jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 300 euros par jour de retard et de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction, dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'urgence est établie dès lors qu'il est privé de tout récépissé ou attestation de prolongation d'instruction justifiant de son séjour régulier en France et que l'instruction de sa demande de rendez-vous dure depuis plus d'un an ;
- la mesure sollicitée présente un caractère utile ;
- elle ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.
La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne, qui n'a produit aucune pièce ni écritures en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Milon, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant ivoirien né en 1990, déclare être entré en France le 25 août 2018 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour " étudiant " et s'y maintenir depuis lors. Il ressort des pièces du dossier qu'il a bénéficié d'un titre de séjour étudiant valable du 14 juillet 2021 au 13 juillet 2022, dont il a demandé le renouvellement. Il a alors été mis en possession d'une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 6 janvier 2023. La demande de M. A tendant au renouvellement de ce titre de séjour étudiant a été clôturée au motif qu'il ne justifiait pas d'une nouvelle inscription universitaire. M. A a ensuite déposé, le 27 février 2023, via la plateforme numérique " démarches simplifiées ", un dossier de demande de titre de séjour " recherche d'emploi / création d'entreprise ", sur le fondement de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Une attestation de prolongation d'instruction valable du 30 mars 2023 au 29 juin 2023 lui a été délivrée, pour cette demande de changement de statut. M. A a enfin déposé le 31 mars 2023 via la plateforme numérique " démarches simplifiées " une demande de " rendez-vous renouvellement de titre séjour mention professionnelle ". Faisant valoir qu'il reste, depuis lors, et en dépit de ses nombreux courriers de relance, en attente d'une convocation à un rendez-vous, M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui accorder un rendez-vous afin qu'il puisse déposer sa demande de titre de séjour, dans le délai de sept jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 300 euros par jour de retard et de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction, dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte.
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
4. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
5. En l'espèce, si, ainsi qu'il a été dit au point 1 de la présente ordonnance, M. A a déposé, le 27 février 2023, via la plateforme numérique " démarches simplifiées ", un dossier de demande de séjour " recherche d'emploi / création d'entreprise ", et si une attestation de prolongation d'instruction valable du 30 mars 2023 au 29 juin 2023 lui a été délivrée pour cette demande de changement de statut, la demande de M. A tendant à l'octroi d'un rendez-vous en vue de déposer sa demande de titre de séjour ne concerne pas ce titre de séjour " recherche d'emploi / création d'entreprise ", cette demande ayant, au demeurant fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Ainsi, la demande de M. A tendant à l'octroi d'un rendez-vous aux fins de déposer son dossier de demande de titre de séjour se rattache à sa demande présentée le 31 mars 2023 via la plateforme numérique " démarches simplifiées " intitulée sur l'attestation de dépôt jointe au dossier " renouvellement de titre séjour mention professionnelle ", laquelle est, d'après cette même attestation, en cours d'instruction par l'administration. Alors que M. A n'a été titulaire que d'un titre de séjour étudiant, et non d'un titre de séjour pour motif professionnel, sa demande doit être regardée comme s'inscrivant dans le cadre d'une demande de changement de statut et non dans le cadre d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Par suite, le requérant ne peut se prévaloir de la présomption d'urgence en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Par ailleurs, en se bornant à faire valoir qu'il est privé de tout document justifiant d'un séjour régulier en France et que l'instruction de sa demande tendant à l'octroi d'un rendez-vous dure depuis plus d'un an, M. A ne peut être regardé comme faisant état de circonstances particulières justifiant d'une urgence à obtenir un rendez-vous sans que soit respecté l'ordre d'examen des demandes de titre de séjour présentées par d'autres ressortissants étrangers, en fonction de leur date de dépôt.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Essonne.
Fait à Versailles, le 7 août 2024.
La juge des référés,
signé
A. Milon
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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