jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2405134 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 juin 2024 et le 2 juillet 2024, M. D C demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
- d'ordonner la suspension de la décision du préfet de l'Essonne du 11 juin 2024 refusant de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction avec autorisation de travail et autorisation de franchir les frontières de l'espace Schengen ;
- d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer sous 48h, à compter de la décision à intervenir, une attestation de prolongation d'instruction conforme à sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
- de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'urgence est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour ; il a besoin en urgence de démontrer à son employeur qu'il est autorisé à travailler et risque de perdre son emploi ;
- les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte et de la méconnaissance des articles R. 431-15-1 et R. 431-15-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Mathou, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Paulin, greffière d'audience, Mme Mathou a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Meurou, représentant le requérant, qui persiste dans ses écritures ;
- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant santoméen, était titulaire d'une carte de séjour temporaire l'autorisant à travailler, valable jusqu'au 21 janvier 2024. Le 20 novembre 2023, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le site de l'ANEF. Il a été mis en possession d'une attestation de prolongation d'instruction le 31 janvier 2024 ne l'autorisant toutefois ni à travailler, ni à franchir les frontières de l'espace Schengen. Par courrier du 30 mai 2024, le requérant a sollicité le renouvellement de son attestation de prolongement d'instruction et mis le préfet en demeure de procéder à la rectification des mentions relatives au franchissement des frontières et à l'autorisation de travail. Par courriel du 11 juin 2024, le préfet de l'Essonne a refusé de délivrer l'attestation de prolongation d'instruction avec autorisation de travail et de franchissement des frontières.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre donnant droit au séjour, comme d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. Au cas d'espèce, M. A C est dans l'attente du renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle en qualité de membre de famille de ressortissant de l'Union européenne, titre de séjour l'autorisant à travailler. L'autorisation provisoire de séjour qui lui a été délivrée ne l'autorise pas à travailler, ni à franchir les frontières. Il a été mis en demeure par son employeur, par un courrier du 28 mai 2024, de produire un titre de séjour l'autorisant à travailler dans le délai d'un mois à peine de suspension de ses fonctions. Dans ces conditions, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux :
5. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article R. 431-15-1 et du dernier alinéa de l'article R. 431-15-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige. Il y a lieu, dès lors, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies. Par suite, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision de refus du préfet de l'Essonne du 11 juin 2024.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. La présente ordonnance implique que le préfet de l'Essonne délivre à M. A C une attestation de prolongation d'instruction avec autorisation de travail et autorisation de franchir les frontières de l'espace Schengen Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet d'y procéder dans un délai de cinq jours. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E:
Article 1er : L'exécution de la décision du préfet de l'Essonne du 11 juin 2024 est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de délivrer à M. A C une attestation de prolongation d'instruction avec autorisation de travail et autorisation de franchir les frontières de l'espace Schengen, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à M. A C une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la préfète de l'Essonne.
Fait à Versailles, le 4 juillet 2024.
La juge des référés,
signé
C. Mathou
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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