mercredi 7 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2405187 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 juin 2024, Mme A B, représentée par Me Maillet, demande au juge des référés :
1°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui délivrer une convocation afin qu'elle puisse déposer une demande de titre de séjour, dans le délai de quinze jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'urgence est établie dès lors qu'elle se trouve plongée dans une situation précaire anormalement longue et qu'elle est empêchée de poursuivre ses études ;
- la mesure sollicitée présente un caractère utile ;
- elle ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.
La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne, qui n'a produit aucune pièce ni écritures en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Milon, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante camerounaise née en 2004, déclare être entrée en France en décembre 2021, munie d'un visa de long séjour, afin de rejoindre son père, bénéficiaire du statut de réfugié. Elle a déposé par l'intermédiaire de la plateforme " ANEF " une demande de titre de séjour et s'est vue remettre, le 24 février 2022, une attestation de dépôt d'une telle demande. Il ressort des échanges électroniques intervenus entre les services de la préfecture de l'Essonne et l'intéressée que cette demande, présentée d'après les services de la préfecture comme une demande de titre de séjour " visiteur ", a été clôturée le 21 avril 2022. Faisant valoir qu'elle se trouve dans l'impossibilité de déposer une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, Mme B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer une convocation à un rendez-vous afin qu'elle puisse déposer cette demande.
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
4. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme B souhaite pouvoir déposer une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permettent la délivrance d'une carte de résident à certains membres de la famille d'un étranger reconnu réfugié. Mme B fait valoir que ses démarches engagées à cette fin sont demeurées vaines, la plateforme " ANEF " ne proposant aucune option correspondant à sa situation et la préfecture de l'Essonne, dont elle s'est rapprochée à plusieurs reprises par l'intermédiaire de son conseil, ne lui ayant proposé aucune solution. Toutefois, Mme B n'établit, ni même n'allègue, avoir tenté, en vain, de solliciter, via la plateforme " démarches simplifiées " ouverte par la préfecture de l'Essonne, un rendez-vous en vue de présenter une demande de titre de séjour en qualité de " membre de la famille d'un bénéficiaire d'une protection internationale " ou même en qualité d'étranger " entré au titre de la réunification familiale " ainsi que le permet cette plateforme. Ainsi, Mme B n'établit pas qu'elle se trouve effectivement confrontée à un dysfonctionnement l'empêchant de déposer une demande de titre de séjour. Par suite, la condition tenant à l'utilité de la mesure sollicitée devant le juge des référés, exigée par l'article L. 521-3 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie et la demande d'injonction, sous astreinte, présentée par Mme B doit être rejetée, ainsi, par conséquent, que ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Essonne.
Fait à Versailles, le 7 août 2024.
La juge des référés,
signé
A. Milon
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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