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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2405430

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2405430

mercredi 21 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2405430
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a examiné la requête de M. B, ressortissant marocain, contestant un arrêté préfectoral du 3 juin 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour de deux ans. La préfète du Val-de-Marne soulevait un désistement d'office pour défaut de production d'un mémoire complémentaire, mais le tribunal a écarté cette fin de non-recevoir, l'article L. 776-12 du code de justice administrative n'étant pas applicable à une obligation de quitter le territoire fondée sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sur le fond, le tribunal a rejeté la requête, estimant que la décision ne méconnaissait pas l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme, l'intéressé étant célibataire et sans enfant en France.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°2406986 du 28 juin 2024, le vice-président du tribunal administratif de Melun a transmis la requête de M. A B, enregistrée au greffe de ce tribunal le 4 juin 2024, au tribunal administratif de Versailles, qui l'a enregistrée le 28 juin 2024.

Par cette requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 3 juin 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement, et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant deux ans.

Il n'invoque aucun moyen à l'appui de ses conclusions.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 août 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut, à titre principal, à ce qu'il soit donné acte du désistement du requérant et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- le requérant n'ayant pas produit de mémoire complémentaire dans un délai de quinze jours à compter de la date d'enregistrement de sa requête introductive d'instance dans laquelle il avait annoncé la production ultérieure d'un tel mémoire, il doit être réputé s'être désisté en application des dispositions de l'article L. 776-12 du code de justice administrative ;

- la requête est irrecevable en l'absence de moyen invoqué avant l'expiration du délai de recours contentieux ;

- les moyens invoqués par le requérant ne sont en tout état de cause pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Mathé, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 août 2024, qui s'est tenue en présence de Mme Amegee, greffière :

- le rapport de Mme Mathé, magistrate désignée ;

- les observations de Me Dieng Youma, avocate commise d'office, représentant M. B, absent, en présence de Mme C, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que la requête et soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la préfète du Val-de-Marne n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né le 23 août 1993, est, selon ses déclarations, entré en France le 1er janvier 2020. Par un arrêté du 3 juin 2024, dont M. B demande l'annulation, la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant deux ans.

Sur le désistement :

2. Aux termes de l'article L. 776-12 du code de justice administrative, alors en vigueur : " Lorsqu'une requête sommaire mentionne l'intention du requérant de présenter un mémoire complémentaire, la production annoncée doit parvenir au greffe du tribunal administratif dans un délai de quinze jours à compter de la date à laquelle la requête a été enregistrée. / Si ce délai n'est pas respecté, le requérant est réputé s'être désisté à la date d'expiration de ce délai, même si le mémoire complémentaire a été ultérieurement produit. Il est donné acte de ce désistement. ". Cet article se situe au sein de la sous-section 1 intitulée " Dispositions applicables en cas d'obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement de l'article L. 251-1 ou des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " de la section 2 du chapitre VI du titre VII du livre VII de la partie règlementaire de ce code. Dès lors, les dispositions de l'article L. 776-12 de ce même code ne sont pas applicables, notamment, en cas d'obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comme cela est le cas en l'espèce. Par suite, alors même que M. B n'a pas produit de mémoire complémentaire dans un délai de quinze jours à compter de la date à laquelle sa requête a été enregistrée alors qu'il en avait exprimé expressément l'intention dans celle-ci, il ne peut être regardé comme s'étant désisté de sa requête.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des mentions du procès-verbal d'audition de M. B par les services de police du 3 juin 2024, signé par l'intéressé, qu'il a déclaré être célibataire sans enfant mineur en France. En outre, s'il a indiqué être entré en France le 1er janvier 2020, au demeurant de manière irrégulière, pour rejoindre son frère et sa sœur, il n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité de leur présence et il n'est pas établi, ni même soutenu, qu'il entretiendrait avec eux des liens d'une particulière intensité ni que sa présence auprès d'eux serait indispensable. De plus, il ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière sur le territoire français. Par ailleurs, il n'est pas non plus établi, ni même allégué, qu'il serait isolé en cas de retour au Maroc, où il a vécu, à tout le moins, jusqu'à l'âge de vingt-six ans dès lors qu'il a déclaré avoir quitté ce pays en 2019. Dans ces conditions, à supposer même qu'il résiderait de manière habituelle et continue sur le territoire français depuis le 1er janvier 2020, la décision par laquelle la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît, dès lors, pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen doit ainsi être écarté.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la préfète du Val-de-Marne, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 août 2024.

La magistrate désignée,

signé

C. MathéLa greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2405015

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