lundi 1 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2405441 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 juin 2024, M. A B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
A titre principal :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 26 juin 2024 par laquelle le ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé des transports, l'a astreint à demeurer en fonction le 2 juillet 2024 de 8h30 à 17h30 ;
2°) d'ordonner toutes mesures nécessaires pour prévenir la réitération d'une telle décision fondée sur les mêmes motifs ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme d'un euro sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
A titre subsidiaire :
4°) d'enjoindre au ministre chargé de l'aviation civile d'appliquer strictement le décret n° 85-1332 du 17 décembre 1985 ;
5°) de suspendre l'exécution de la décision du 5 février 2024 et de la note du même jour en tant qu'elles attribuent à plusieurs acteurs la même délégation relative à la gestion des mesures individuelles nécessaires à l'application des articles L. 114-4 et L. 114-5 du code général de la fonction publique.
Il soutient que :
- le droit de grève présente le caractère d'une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ;
- la décision du 26 juin 2024 est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est entachée de vices de forme, dès lors, d'une part, qu'elle ne prend pas la forme d'un arrêté ministériel comme l'exige l'article L. 114-5 du code général de la fonction publique, et, d'autre part, qu'elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de grève, dès lors qu'il exerce actuellement une activité de maintenance spécialisée à horaires programmés et que les travaux exigés en journée liés à cette activité ne sont pas motivés par des raisons de sécurité aérienne.
La requête a été communiquée au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la direction des services de la navigation aérienne qui n'ont pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution, notamment son Préambule ;
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 84-1286 du 31 décembre 1984 ;
- le décret n° 85-1332 du 17 décembre 1985 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif a désigné M. Connin, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Connin, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "
2. Aux termes du septième alinéa du Préambule de la Constitution de 1946 : " Le droit de grève s'exerce dans le cadre des lois qui le réglementent. "
3. Aux termes de l'article L. 114-4 du code général de la fonction publique, qui codifie les dispositions de l'article 2 de la loi susvisée du 31 décembre 1984 : " En cas de cessation concertée du travail dans les services de la navigation aérienne, doivent être assurés en toute circonstance : / () / 5° La sauvegarde des installations et du matériel de ces services. " L'article L. 114-5 du même code, qui codifie les dispositions de l'article 3 de la loi susvisée du 31 décembre 1984, ajoute que : " Le ministre chargé de l'aviation civile désigne par arrêté les agents indispensables à l'exécution des missions mentionnées à l'article L. 114-4 ; ces agents doivent demeurer en fonction. / Cet arrêté détermine les modalités de mise en œuvre de ces désignations. "
4. Aux termes de l'article 1er du décret du 17 décembre 1985 portant application de la loi susvisée du 31 décembre 1984 : " Les services de la navigation aérienne nécessaires à l'exécution des missions définies à l'article 2 de la loi du 31 décembre 1984 précitée sont : / () / 2. Le service du contrôle du trafic aérien pour l'organisation et la régulation des flux de trafic aérien, le traitement initial des plans de vol, la transmission automatique des messages sol-sol, l'analyse et la transmission des informations nécessaires au déclenchement éventuel d'opérations de recherche et de sauvetage ; / () ".
5. L'article 1er de l'arrêté du 8 juillet 2008 relatif à la désignation des personnels devant demeurer en fonction en cas de cessation concertée du travail dans les services de la navigation aérienne prévoit que : " () Peuvent également être astreints à demeurer en fonction () les ingénieurs électroniciens des systèmes de la sécurité aérienne (IESSA) () nécessaires à l'exercice des missions prévues par la loi susvisée. / Ces personnels sont informés de la décision qui les concerne durant la durée du préavis et reçoivent notification de leur astreinte avant leur prise de service. / Les chefs d'organisme mettent en place un système de rotation des personnels susceptibles d'être astreints à demeurer en fonction en cas de grève équitable, non discriminatoire et transparent, après consultation du comité technique local. "
6. Le droit de grève présente le caractère d'une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Toutefois, l'autorité administrative peut légalement, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 114-5 du code général de la fonction publique, astreindre les agents indispensables à l'exécution des missions limitativement énumérées à l'article L. 114-4 du même code à demeurer en fonction en cas de cessation concertée du travail dans les services de la navigation aérienne. Elle ne peut prendre que les mesures nécessaires et proportionnées aux nécessités de l'ordre public et aux besoins essentiels du pays.
7. M. A B est ingénieur électronicien des systèmes de la sécurité aérienne, affecté au service technique du centre en route de la navigation aérienne (CRNA) Nord à Athis-Mons. Dans le cadre d'une cessation concertée du travail dans les services de la navigation aérienne, le ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé des transports, l'a astreint, par une décision du 26 juin 2024, à demeurer en fonction le 2 juillet 2024 de 8h30 à 17h30.
8. En premier lieu, il résulte tant des termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative que du but dans lequel la procédure qu'il instaure a été créée que doit exister un rapport direct entre l'illégalité relevée à l'encontre de l'autorité administrative et la gravité de ses effets au regard de l'exercice de la liberté fondamentale en cause. Si les vices d'incompétence et de forme allégués seraient susceptibles, le cas échéant, d'entraîner l'annulation par le juge de l'excès de pouvoir de la décision critiquée, de tels vices ne sauraient, par eux-mêmes, porter une atteinte grave à l'exercice du droit de grève, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
9. En second lieu, il résulte de l'instruction que, pour astreindre M. B à demeurer en fonction le 2 juillet 2024 de 8h30 à 17h30, le ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé des transports, s'est fondé sur la nécessité d'assurer la sauvegarde des installations et du matériel des services de la navigation aérienne, notamment en remplaçant, au travers du projet Essor, les liaisons opérateurs actuelles arrêtées à la fin de l'année 2024, lesquelles assurent la continuité des services réseaux longues distances nécessaires au contrôle du trafic aérien, en particulier les échanges de données plans de vol, radar ou messagerie aéronautique. Ce motif est au nombre de ceux que l'autorité administrative peut légalement retenir et repose sur des éléments de fait précis qui ne sont pas sérieusement contestés par le requérant, lequel se borne à faire valoir qu'il travaille actuellement en " horaires programmés ", et ne font pas apparaître d'atteinte manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit de grève.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conditions requises par l'article L. 521-2 du code de justice administrative ne sont pas remplies. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité, l'ensemble des conclusions de la requête doivent être rejetées, y compris celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, et à la direction des services de la navigation aérienne.
Article 2 :
Fait à Versailles, le 1er juillet 2024.
Le juge des référés,
Signé
N. Connin
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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N° 1901371
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