mercredi 24 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2405579 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 juillet 2024, la préfète de l'Essonne, représentée par Me Termeau, demande à la juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion sans délai de Mme B A de l'hébergement d'urgence pour demandeur d'asile (HUDA) de la Cité Bethléem situé 1 hameau de la Briche à Souzy-la-Briche (91580) ;
2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à son évacuation forcée ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre pour vider des biens meubles s'y trouvant, à défaut pour l'occupant de les avoir emportés.
Elle soutient que sa demande s'inscrit dans le cadre des dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, Mme A ayant eu un comportement violent ; en agissant de la sorte, Mme A ne respecte pas les articles du contrat de séjour et du règlement de fonctionnement signés les 25 août et 24 octobre 2022 ; par une décision du 7 juin 2023, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a notifié à l'intéressée une décision de sortie ; par une décision en date du 8 juin 2023, la directrice de l'hébergement lui a notifié une fin de prise en charge au centre provisoire d'hébergement ; par courrier recommandé du 4 avril 2024, Mme A a été mise en demeure de quitter les lieux dans un délai de quinze jours ; Mme A se maintient toujours dans le logement.
La requête a été communiquée à Mme A qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Sauvageot, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 22 juillet 2024, tenue en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience, Mme Sauvageot a lu son rapport et entendu les observations de Me El Assad, représentant la préfète de l'Essonne, qui a repris les conclusions et moyens soulevés dans la requête.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience publique, à 14h10.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
2. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile " accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Aux termes de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". Aux termes de son article R. 552-6 : " Le gestionnaire du lieu d'hébergement signale, dans les meilleurs délais, (), tout comportement violent et tout manquement grave au règlement du lieu d'hébergement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au préfet du département dans lequel se situe ce lieu d'hébergement ".
3. La préfète de l'Essonne demande que l'expulsion de Mme A soit prononcée sur le fondement des dispositions citées au point 1, au motif que son comportement violent et agressif au sein de l'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA) de la Cité Bethléem situé 1 hameau de la Briche à Souzy-la-Briche perturbe le bon fonctionnement de l'hébergement des demandeurs d'asile.
4. Il est constant que Mme A, qui a obtenu le statut de réfugié le 11 mars 2022, a eu un comportement agressif et violent à l'encontre d'une autre personne hébergée au sein de l'HUDA de la Cité Bethléem. Mme A, qui n'a pas produit d'observations au cours de la présente instance, ne conteste pas les éléments de fait apportés par la préfète. Dans ces conditions, il y a lieu de retenir que le comportement de Mme A méconnaît le règlement de fonctionnement du centre d'hébergement. La préfète de l'Essonne a mis en demeure l'intéressée, par un courrier du 4 avril 2024, de quitter dans un délai de quinze jours le centre d'hébergement d'urgence, l'intéressée se maintenant dans les lieux sans droit ni titre à ce jour.
5. La préfète soutient sans être contredite que le dispositif d'hébergement des demandeurs d'asile dans le département de l'Essonne compte seulement 2 281 places en HUDA et en centres d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) dont 698 étaient indûment occupées. Ainsi en se maintenant au sein de l'HUDA de la Cité Bethléem situé 1 hameau de la Briche à Souzy-la-Briche, alors qu'elle n'y a plus droit, Mme A compromet le bon fonctionnement du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile et fait obstacle à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile. Par suite, la demande de la préfète de l'Essonne présente un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver tant la sécurité des personnes sur le site de l'HUDA que la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la libération par Mme A des lieux qu'elle occupe dans l'hébergement d'urgence pour demandeur d'asile de la Cité Bethléem situé 1 hameau de la Briche à Souzy-la-Briche, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance. A défaut pour Mme A d'avoir quitté les lieux dans le délai ainsi prescrit, la préfète de l'Essonne est autorisée à recourir au concours de la force publique pour procéder à son expulsion et à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du lieu pour faire procéder à l'évacuation des biens de Mme A à ses frais et risques.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à Mme B A de quitter le logement qu'elle occupe au sein de l'hébergement d'urgence pour demandeur d'asile de la Cité Bethléem situé 1 hameau de la Briche à Souzy-la-Briche, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : A défaut pour Mme B A d'avoir quitté les lieux dans le délai mentionné à l'article 1er, la préfète de l'Essonne est autorisée à recourir au concours de la force publique pour procéder à son expulsion et donner toutes instructions utiles au gestionnaire des lieux pour faire procéder à l'évacuation des biens de Mme B A, à ses frais et risques
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la préfète de l'Essonne, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Mme B A.
Fait à Versailles, le 24 juillet 2024.
La juge des référés,
Signé
J. Sauvageot
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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