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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2405581

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2405581

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2405581
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 3 et 17 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Noirel, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la décision du 26 mars 2024 par laquelle la préfète de l'Essonne a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour en qualité de " conjoint de français ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de renouvellement de titre de séjour avec droit au travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle bénéficie d'aides sociales versées par l'assurance maladie et la caisse d'allocation familiale, qu'elle s'expose au risque que son employeur mette fin à son contrat de travail et qu'il est porté atteinte à sa liberté d'aller et de venir ;

- constituent des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, en premier lieu, la méconnaissance des stipulations de l'article 10 1a) de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et, en second lieu, la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juillet 2024, la préfète de l'Essonne, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête, enregistrée sous le n° 2403561, par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision en litige.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 juillet 2024 tenue en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience :

- le rapport de Mme C, qui a informé les parties, en application des articles R. 611-7 et R. 522-9 du code de justice administrative que l'ordonnance à intervenir est susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la suspension de la décision portant obligation de quitter le territoire français, en raison du caractère suspensif du recours en annulation formé par Mme B à l'encontre de cette décision ;

- les observations de Me Noirel, pour la requérante, qui reprend les conclusions et moyens figurant dans ses écritures. A la question posée par Mme C, Me Noirel a répondu qu'elle n'avait pas de pièce justifiant de l'intention de l'employeur de Mme B de ne pas reconduire son contrat de travail ;

- les observations de Me Capuano, substituant Me Termeau, pour la préfète de l'Essonne, qui reprend les conclusions et moyens figurant dans le mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à 14h33.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante tunisienne née le 15 octobre 1986, est entrée sur le territoire français le 11 novembre 2021 sous couvert d'un visa long séjour valant titre de séjour valable du 26 octobre 2021 au 26 octobre 2022. Elle a demandé, le 7 novembre 2022, le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " conjoint d'un ressortissant français ". Elle s'est vue délivrer plusieurs attestations de prolongation d'instruction dont la dernière valable du 27 février 2024 au 26 mai 2024. Elle demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre la décision du 26 mars 2024 par laquelle la préfète de l'Essonne a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour en qualité de " conjoint de français ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ". Aux termes de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi. () ".

3. D'une part, le contentieux relatif aux obligations de quitter le territoire français est régi par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont notamment son article L. 722-7, qui organisent une procédure particulière de contestation se traduisant notamment par le caractère non exécutoire de ces mesures, ainsi que, par voie de conséquence des décisions fixant le pays de destination, pendant le délai de recours et par l'effet suspensif attaché à la demande formée devant le tribunal administratif jusqu'à ce que le président du tribunal ou son délégué ait statué. Par ces dispositions, le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure contentieuse régissant la contestation devant la juridiction administrative des décisions faisant obligation à un étranger de quitter le territoire français et les décisions fixant le pays de destination qui ne sont, par suite, pas justiciables de la procédure instituée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative devant le juge des référés du tribunal administratif.

4. D'autre part, il résulte des dispositions citées au point 2 que si cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, il appartient toutefois au requérant qui, comme en l'espèce, fait concomitamment l'objet d'une obligation de quitter le territoire français avec un délai de départ volontaire de trente jours, de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse, eu égard à l'existence d'une procédure de recours à caractère suspensif qui implique que le tribunal statue dans un délai de trois mois, sur la décision portant refus de titre de séjour.

5. Ainsi qu'il est dit au point 1, il résulte de l'instruction que Mme B a été mise en possession d'un titre de séjour temporaire en qualité de " conjoint de français " valable du 26 octobre 2021 au 26 octobre 2022, dont elle a sollicité le renouvellement. La décision du 26 mars 2024 portant refus de renouvellement de titre de séjour dont elle demande la suspension dans le cadre de la présente instance est assortie d'une obligation de quitter le territoire français. Il est constant que Mme B a saisi le tribunal administratif de Versailles d'une requête enregistrée le 25 avril 2024, tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre par l'arrêté du 26 mars 2024, qui fera l'objet d'un examen par une formation du tribunal statuant en formation collégiale dans un délai de trois mois. Ce recours a pour effet de suspendre, en application de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'exécution de la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet jusqu'à ce que le tribunal ait statué.

6. Dans ces conditions, et en premier lieu, compte tenu de ce qui est dit au point 3, les conclusions de la requérante, présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à fin de suspension de la décision faisant obligation à un étranger de quitter le territoire français sont irrecevables et doivent être rejetées.

7. En deuxième lieu, pour justifier de l'urgence à suspendre la décision de refus de renouvellement de titre de séjour dont elle fait l'objet, Mme B se borne à faire valoir, d'une part, la circonstance qu'elle bénéficie d'aides sociales versées par l'assurance maladie et la caisse d'allocation familiale, d'autre part, qu'elle s'expose au risque que son employeur ne renouvelle pas son contrat de travail et, enfin, qu'il est porté atteinte à sa liberté d'aller et venir. Cependant, elle n'établit par aucune pièce au dossier le versement effectif d'aides sociales. Par ailleurs, l'attestation de la caisse d'allocation familiale versée au dossier porte sur une perte de ses droits entre les mois d'août et avril 2022, ce qui est sans lien avec la décision en litige. En outre, il résulte de l'instruction que Mme B a vu son contrat de travail renouvelé à deux reprises depuis la date de la décision attaquée et ne justifie pas de l'intention de son employeur de ne plus renouveler son dernier contrat de travail qui expire, du reste, le 30 août 2024. Enfin, ainsi qu'il est dit au point 4, le recours exercé par Mme B suspend l'exécution de son éloignement, de sorte qu'elle ne justifie pas, dans les circonstances de l'espèce, d'une atteinte à sa liberté d'aller et venir. Par suite, la requérante ne justifie pas de la nécessité de bénéficier à très bref délai de la suspension de l'exécution de la décision de refus de renouveler son titre de séjour. Par suite, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme étant satisfaite en l'espèce.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E:

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 18 juillet 2024.

La juge des référés,

signé

N. C La greffière,

signé

N. GilbertLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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