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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2405596

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2405596

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2405596
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 et 13 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Levy, demande à la juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la décision du 2 juillet 2024 par laquelle sa demande de titre de séjour a été clôturée au motif de son caractère incomplet ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne d'examiner son droit au séjour, dans un délai de trente jours à compter de la notification de la présente ordonnance ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors, d'une part, qu'il bénéficie de la présomption d'urgence s'attachant au renouvellement des demandes de titre de séjour et, d'autre part, que sa demande de renouvellement de son titre de séjour ayant été clôturée, il n'a aucune perspective que son attestation de prolongation d'instruction, arrivant à expiration le 27 août 2024, soit renouvelée ce qui risque de l'exposer, lui et sa famille, à une situation de précarité du fait de l'interruption de son activité professionnelle et à une menace d'éloignement ;

- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision est également satisfaite dès lors que la décision est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions combinées des articles L. 423-7 et R. 431-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'annexe 10 de ce code applicable aux demandes formulées sur le fondement des articles précités ;

- sa demande de renouvellement de son titre de séjour n'est pas tardive dès lors qu'il appartenait à la préfète, si elle s'estimait incompétente, de rediriger sa demande vers l'ANEF.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a versé, le 11 juillet 2024, des pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Naïla Boukheloua, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 17 juillet 2024.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Gilbert, greffière :

- le rapport de Mme Boukheloua, juge des référés ;

- les observations orales de Me Levy, représentant M. A, présent, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et présente de nouvelles conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint, à titre subsidiaire, à la préfète de l'Essonne de reprendre l'instruction de la demande de renouvellement de titre de séjour de M. A et de le munir dans l'attente d'une attestation de prolongation de l'instruction, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance ;

- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 2 juillet 2024 la préfète de l'Essonne a clôturé la demande de titre de séjour de M. A au motif qu'il n'a pas produit, à l'appui de sa demande de renouvellement de sa carte temporaire de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de parent d'enfant français, de pièce justifiant de la nationalité française de ses enfants. Par sa requête, M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. En premier lieu, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.

4. Il résulte de l'instruction que la décision litigieuse a été prise dans le cadre de l'examen de la demande de M. A tendant au renouvellement de sa carte temporaire de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il justifie ainsi d'une situation d'urgence en dépit du fait qu'il dispose d'une attestation de prolongation d'instruction, arrivant à expiration le 27 août 2024, cette attestation ayant perdu tout effet en raison de l'objet même de la décision attaquée. Il s'ensuit que la condition d'urgence posée par les dispositions précitées est satisfaite.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article R. 431-1 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ". Les dispositions du point 30 de l'annexe 10 du code précité, dans leur rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée, prévoient la liste des pièces qu'il appartient au ressortissant étranger de fournir pour le renouvellement d'un titre délivré sur le fondement de l'article L. 423-7 précité dont ne fait pas partie le justificatif de la nationalité française de moins de six mois de l'enfant.

6. En l'état de l'instruction, compte tenu du motif de la décision litigieuse, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions combinées des articles L. 423-7 et R. 431-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'annexe 10 de ce code est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision de clôture de la demande de renouvellement du titre de séjour de M. A.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Compte tenu des motifs de la présente ordonnance, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de réexaminer la situation de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, à défaut de délivrance du titre de séjour " vie privée et familiale " sollicité au terme de ce réexamen, de lui délivrer, jusqu'au prononcé du jugement au fond, une autorisation de prolongation d'instruction.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 2 juillet 2024 par laquelle la préfète de l'Essonne a clôturé la demande de renouvellement du titre de séjour de M. A est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de réexaminer la situation de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, à défaut de délivrance du titre de séjour " vie privée et familiale " sollicité au terme de ce réexamen, de lui délivrer, jusqu'au prononcé du jugement au fond, une autorisation de prolongation d'instruction.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à la préfète de l'Essonne et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Versailles, le 18 juillet 2024.

La juge des référés,

signé

N. Boukheloua

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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