jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2405610 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 4 juillet 2024 et les 7 et 8 novembre 2024, M. B C, représenté par Me Samba, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, à restituer son titre de séjour provisoire en cours de validité, et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent à titre principal de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", à titre subsidiaire de réexaminer sa situation, le tout sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- elles sont insuffisamment motivées et n'ont pas fait l'objet d'un examen sérieux de la situation de l'intéressé ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle méconnait les dispositions des articles L. 423-21, L. 433-4 et L.432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire :
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-21 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 novembre 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 12 novembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 novembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Perez a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant turc né le 11 octobre 1990, est entré en France selon ses déclarations le 17 janvier 1994 à l'âge de 4 ans. Il a obtenu un document de circulation pour étranger mineur valable du 14 février 2005 au 10 octobre 2008, puis une carte de séjour temporaire en qualité de jeune majeur valable du 27 mai 2009 au 26 mai 2010, renouvelée jusqu'au 4 mars 2020. Il est depuis maintenu sous récépissé. Il a déposé le 20 juin 2022 une demande de renouvellement de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 25 juin 2024, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :
2. L'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le code des relations entre le public et l'administration. Il suit de là qu'il est suffisamment motivé en droit. Par ailleurs, l'arrêté expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C telle qu'il l'a lui-même exposée dans sa demande de titre de séjour produite en défense, ainsi que les éléments sur lesquels la préfète de l'Essonne s'est fondée pour estimer que l'intéressé représente une menace à l'ordre public. Il précise enfin que M. C est célibataire, sans charge de famille, et qu'il n'allègue pas encourir des risques de torture ou de traitements ou peine inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Si M. C fait valoir que l'arrêté ne vise ni ne porte d'appréciation sur l'intérêt supérieur de sa fille née en 2010, il ressort de la demande de titre de séjour produite en défense que M. C n'a pas mentionné l'existence de son enfant. Il ressort de ce même document, que l'intéressé n'a pas signalé être en contrat à durée indéterminée, mais en formation et ne justifie pas en toute hypothèse avoir informé les services préfectoraux d'un changement quant à sa situation professionnelle antérieurement à l'arrêté contesté. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté. Pour les mêmes motifs, il n'est pas établi que la préfète de l'Essonne ne se serait pas livrée à un examen sérieux de la situation de M. C.
En ce qui concerne les moyens communs à la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :
3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui justifie par tout moyen avoir résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans avec au moins un de ses parents se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Pour l'application du premier alinéa, la filiation s'entend de la filiation légalement établie, y compris en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger ". Aux termes de l'article L. 433-4 du même code : " Au terme d'une première année de séjour régulier en France accompli au titre d'un visa de long séjour tel que défini au 2° de l'article L. 411-1 ou, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 433-5, d'une carte de séjour temporaire, l'étranger bénéficie, à sa demande, d'une carte de séjour pluriannuelle dès lors que : 1° Il justifie de son assiduité, sous réserve de circonstances exceptionnelles, et du sérieux de sa participation aux formations prescrites par l'Etat dans le cadre du contrat d'intégration républicaine conclu en application de l'article L. 413-2 ; 2° Il continue de remplir les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire dont il était précédemment titulaire. / La carte de séjour pluriannuelle porte la même mention que la carte de séjour temporaire dont il était précédemment titulaire. / L'étranger bénéficie, à sa demande, du renouvellement de cette carte de séjour pluriannuelle s'il continue de remplir les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire dont il été précédemment titulaire. ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".
5. M. C soutient qu'il est entré en France à l'âge de quatre ans et produit pour en justifier des certificats attestant qu'il a été scolarisé dans une école maternelle en France dès le mois de septembre 1993, puis qu'il a suivi une formation de cuisine validée en 2020 et une formation en mécanique validée en 2022. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. C a fait l'objet d'onze condamnations entre 2010 et 2021, à savoir la condamnation à un an d'emprisonnement et confiscation du produit de l'infraction pour proxénétisme aggravé le 9 juin 2021, la condamnation à dix ans d'emprisonnement pour extorsion commise avec une arme (récidive), escroquerie (récidive) le 2 juillet 2014, les condamnations concernant une peine d'amende pour usage illicite de stupéfiants le 4 janvier 2010, une peine d'un an d'emprisonnement et 1000 euros d'amende pour transport non autorisé de stupéfiants le 28 juin 2010, une peine à 300 euros d'amende pour conduite d'un véhicule à moteur malgré l'injonction de restituer le permis de conduire le 17 février 2011, une peine de 200 euros d'amende pour les mêmes faits le 4 avril 2011, une peine de 400 euros d'amende pour les mêmes faits le 11 octobre 2011, une peine de quatre mois d'emprisonnement pour outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et de huit mois d'emprisonnement pour tentative d'évasion le 2 juillet 2014, une peine de trois mois d'emprisonnement pour recel le 20 mars 2015, une peine de deux mois d'emprisonnement pour outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique (récidive) le 15 janvier 2016, et une peine de deux mois d'emprisonnement pour outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique le 2 février 2018. Au surplus, la préfète de l'Essonne relève que la consultation du traitement des antécédents judiciaires laisse apparaître dix signalements. Dans ces conditions, compte tenu du nombre de condamnations prononcées contre le requérant pour de nombreuses infractions commises sur une longue période, dont la dernière en date du 9 juin 2021 pour l'infraction de proxénétisme aggravée commise durant une période de libération conditionnelle, la présence en France du requérant constitue une menace pour l'ordre public, et, aux termes des dispositions précitées de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de l'Essonne était fondée, pour ce motif, à lui refuser un titre de séjour, puis à l'obliger à quitter le territoire. Il résulte de ce qui précède qu'en prenant la décision attaquée, la préfète de l'Essonne n'a pas fait une inexacte application des dispositions des articles L. 423-21, L. 433-4 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
7. Le requérant a uniquement sollicité la délivrance de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le préfet n'avait pas à examiner d'office sa demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du même code. Ainsi, il ne peut utilement invoquer la méconnaissance de ces dernières dispositions. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que, dans son formulaire de demande, M. C a renseigné le nom de ses parents et de ses quatre sœurs mais n'a renseigné aucun nom à la rubrique " enfants ". A produit le témoignage de la mère de sa fille et de sa fille attestant que le lien entre l'intéressé et sa fille est régulier et important pour cette dernière, ces documents ne sont pas signés et non accompagnés de la copie d'une pièce d'identité des intéressées. Il ne justifie par ailleurs nullement contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de sa fille résidant à Châlons-en-Champagne. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
8. En troisièmelieu, dès lors que le requérant a uniquement sollicité la délivrance de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le préfet n'avait pas à examiner d'office sa demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du même code. Ainsi, il ne peut utilement invoquer la méconnaissance de ces dernières dispositions.
9. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
10. M. C fait valoir qu'il a de fortes attaches en France. Il produit le témoignage par lequel ses parents attestent de sa volonté de se réinsérer, de l'importance qu'il demeure en France pour soutenir sa famille, et du fait qu'il reprend le restaurant qu'ils géraient et attestent que le père de M. C a le statut de réfugié politique et ne pourrait plus rendre visite à son fils si ce dernier était éloigné vers son pays d'origine. Il produit également le témoignage de trois de ses sœurs résidant en France et d'une sœur résidant en Belgique et d'une dernière en Allemagne, attestant toutes des liens familiaux qui les unissent à leur frère. Il produit le témoignage de la mère de sa fille, et de sa fille née le 19 décembre 2010 qui attestent que le lien entre M. C et sa fille est régulier et que son maintien est important pour le développement de sa fille. En outre, il produit des certificats attestant qu'il a suivi une formation de cuisine validée en 2020 et une formation en mécanique validée en 2022. Enfin, il produit un contrat à durée indéterminée conclu en 2007 pour exercer pour la société Antalya un emploi de serveur, et un autre conclu le 18 juin 2024 en qualité de responsable du restaurant Idi kebab 2, soit quelques jours avant la décision contestée. Toutefois, compte tenu de la menace à l'ordre public que constitue la présence en France de M. C, âgé de 30 ans, et alors qu'il ne peut être regardé par les pièces qu'il produit justifier d'une réelle insertion sociale et professionnelle en France, ni contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de sa fille résidant à Châlons-en-Champagne, la décision de refus de titre de séjour contestée ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la préfète de l'Essonne n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
12. Comme il a été dit au point 11 du présent jugement, il n'est pas établi que la décision de la préfète de l'Essonne portant refus de titre de séjour serait illégale. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité pour soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire serait illégale ne peut qu'être écarté.
13. Pour les mêmes motifs que précédemment mentionnés au point 10, l'obligation de quitter le territoire français n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la préfète de l'Essonne n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
14. Il n'est pas établi que la décision portant obligation de quitter le territoire serait illégale. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. C doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cayla, présidente,
M. Perez, premier conseiller,
M. Bélot, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.
Le rapporteur,
signé
J-L Perez
La présidente,
signé
F. CaylaLa greffière,
signé
G. Le Pré
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
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