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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2405671

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2405671

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2405671
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantDJEMAOUN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2405671 le 7 juillet 2024, M. B C, représenté par Me Djemaoun, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2024 par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de réexaminer sa situation dans un délai de deux semaines à compter de la notification du jugement à intervenir et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- son droit d'être entendu, prévu par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, a été méconnu ;

- la préfète n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- elle ne justifie pas des éléments de fait fondant les décisions attaquées ;

- l'arrêté est entaché d'erreur de fait ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'une demande d'admission exceptionnelle au séjour avait été déposée en novembre 2023.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans :

- elles méconnaissent les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle méconnait l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans :

- elle méconnait les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par M. C ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2405778 le 9 juillet 2024, M. B C, représenté par Me Djemaoun, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 juillet 2024 par laquelle la préfète de l'Essonne l'a assigné à résidence pour une durée de quatre-vingt-dix jours ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour et de son passeport ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- la préfète n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle ne pouvait l'assigner à résidence que pour une durée de quarante-cinq jours ;

- la préfète a entaché sa décision d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'ayant déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour, sa situation n'entrait pas dans le champ d'application de ce texte ;

- la mesure est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Gibelin pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 juillet 2024 qui s'est tenue en présence de M. Ileboudo, greffier :

- le rapport de M. Gibelin, premier conseiller ;

- les observations de Me Djemaoun, représentant M. C, qui maintient les conclusions et moyens qu'il précise et soutient en outre que la décision d'assignation à résidence est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui la fonde et dont il entend se prévaloir par la voie de l'exception ;

- et les observations de M. C lui-même.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10h05.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant russe né le 5 octobre 1991, entré en France en 2011 selon ses déclarations, a été interpellé le 4 juillet 2024 par les services de police pour conduite d'un véhicule sans permis. Par un arrêté du 5 juillet 2024, la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans. Par une décision du 8 juillet 2024, la préfète de l'Essonne l'a assigné à résidence pour une durée de quatre-vingt-dix jours. M. C demande l'annulation de ces décisions.

2. Les requêtes n° 2405671 et n° 2405778, présentées par M. C, concernent la situation d'un même requérant. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle dans l'instance n° 2405671.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 5 juillet 2024 :

En ce qui concerne les moyens communs :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-PREF-DCPPAT-BCA-143 du 2 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour de la préfecture de l'Essonne, Mme D A, attachée d'administration, adjointe au chef du bureau de l'éloignement du territoire, a reçu délégation de la préfète de ce département pour signer toutes décisions relevant des attributions de son bureau, ce qui inclut l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté contesté. Par suite et dès lors qu'il n'est pas établi que la préfète ou les autres agents bénéficiant d'une telle délégation de signature n'auraient pas été absents ou empêchés, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application, notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C, ainsi que les éléments sur lesquels la préfète s'est fondée pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire et pour lui interdire le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans. Dès lors, ces décisions comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et permettent ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation des décisions attaquées doivent être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".

7. Si les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

8. En l'espèce, M. C se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, et ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soient prises les décisions et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à celles-ci. Il n'est par ailleurs ni établi ni allégué que M. C aurait sollicité, sans réponse, un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de présenter ses observations avant l'édiction de l'arrêté attaqué, alors même qu'il a été entendu par les services de police le 4 juillet 2024 et a notamment été interrogé à cette occasion sur sa situation administrative passée et présente au regard de son droit au séjour, ainsi que sur sa situation familiale et professionnelle. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il aurait été privé de son droit à être entendu ne peut qu'être écarté.

9. En quatrième lieu et alors même que les motifs de l'arrêté attaqué ne reprennent pas l'ensemble des éléments caractérisant sa situation, il ne ressort ni des termes de cet arrêté, ni des pièces du dossier que la préfète n'aurait pas, avant de prendre les décisions contestées, procédé à un examen particulier et complet de la situation de M. C. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

10. En cinquième lieu, si M. C soutient que la préfète ne justifie pas des éléments de fait fondant les décisions attaquées ainsi que sa compétence territoriale et que l'arrêté est entaché d'erreur de fait, de tels moyens ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bienfondé. En tout état de cause, la préfète produit les éléments sur lesquels elle a fondé ses décisions, notamment le compte-rendu d'enquête indiquant que M. C a été interpellé le 4 juillet 2024 à Viry-Châtillon dans le département de l'Essonne, dont il ne ressort aucune inexactitude matérielle.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

12. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que M. C a déclaré être entré irrégulièrement en France en 2011 et qu'il s'y est maintenu sans disposer d'un titre de séjour. D'autre part, le comportement de M. C, qui a été interpellé le 4 juillet 2024 par les services de police pour conduite d'un véhicule sans permis et qui a été signalé depuis le 5 mars 2015 à huit reprises pour des faits de vols avec violences sans armes, violences en réunion avec arme, conduite d'un véhicule sans permis en faisant usage d'un permis de conduire faux ou falsifié et vol à l'étalage, constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, c'est par une exacte application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet a pris la mesure d'éloignement attaquée. A ce titre, la circonstance qu'une demande d'admission au séjour ait été déposée et soit en cours d'instruction ne fait pas, par elle-même, obstacle à ce que le préfet prenne une décision d'éloignement sur le fondement des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions, qui n'est opérant qu'à l'égard de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans :

13. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

14. En l'espèce, M. C se prévaut d'une résidence en France depuis l'année 2011, mais ne justifie que d'une présence ponctuelle s'agissant de l'année 2017. Si le requérant soutient que sa mère et son père résident en France, il n'établit pas la régularité de leur séjour et n'établit pas l'intensité de sa relation avec ceux-ci ni la nécessité de sa présence à leur côté, et ne justifie pas par la seule production de leurs titres de séjour de la réalité et de l'intensité des liens familiaux avec les personnes qu'il présente comme sa sœur et son frère. S'il se prévaut, en outre, de la présence en France de sa compagne et de leurs trois enfants mineurs nés en 2017, 2020 et 2023, il ressort des pièces du dossier que celle-ci étant également de nationalité russe et en situation irrégulière, il n'est pas établi que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer dans leur pays d'origine. M. C n'établit par ailleurs pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident notamment sa grand-mère et son cousin et où il a vécu au moins jusqu'à vingt ans. Enfin, il ne justifie pas d'une particulière intégration, dès lors qu'il ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle malgré l'ancienneté de séjour alléguée, qu'il a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement des 16 juin 2016 et 8 octobre 2019 auxquelles il n'a pas déféré, qu'il a été interpellé le 4 juillet 2024 par les services de police pour conduite d'un véhicule sans permis et qu'il a été signalé depuis le 5 mars 2015 à huit reprises pour des faits de vols avec violences sans armes, violences en réunion avec arme, conduite d'un véhicule sans permis en faisant usage d'un permis de conduire faux ou falsifié et vol à l'étalage. Dans ces conditions, les décisions n'ont méconnu ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Les moyens doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

15. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

16. En l'espèce, pour les raisons précédemment exposées aux points 12 et 14, le comportement de M. C constitue un risque pour l'ordre public. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'il s'est soustrait à l'exécution de deux précédentes mesures d'éloignement prises les 16 juin 2016 et 8 octobre 2019, et qu'il a déclaré lors de son audition par les services de police le 4 juillet 2024 son intention de ne pas se conformer à l'obligation de quitter le territoire français. Si M. C soutient que la décision indique à tort qu'il n'a pas présenté de passeport valide, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision, dès lors qu'il résulte de l'instruction que la préfète aurait pris la même décision si elle s'était fondé uniquement sur ces éléments, qui justifiaient à eux-seuls la décision de refus de délai de départ volontaire. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision serait entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions précitées, ni qu'elle serait entachée d'une erreur de fait ou d'une erreur manifeste d'appréciation. Les moyens doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans :

17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

18. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet, qui n'est pas tenu de se prononcer expressément sur les critères prévus par les dispositions précitées qu'il ne retient pas, prend à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

19. Pour les raisons précédemment exposées notamment aux points 12 et 14 et dès lors que M. C ne justifie pas de circonstances humanitaires ni de l'intensité de ses liens avec la France, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète, qui s'est prononcée sur l'ensemble des critères qu'elle a retenus, aurait méconnu les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en assortissant l'obligation de quitter le territoire sans délai d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq années, ni qu'elle aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation, notamment en considérant que cette durée ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit à sa vie privée et familiale. Les moyens doivent être écartés.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C à fin d'annulation de l'arrêté du 5 juillet 2024 par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 8 juillet 2024 :

21. En premier lieu, M. C n'établissant pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant assignation à résidence, n'est pas fondée et doit, en conséquence, être écartée.

22. En deuxième lieu, par un arrêté n° 2024-PREF-DCPPAT-BCA-143 du 2 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour de la préfecture de l'Essonne, Mme D A, attachée d'administration, adjointe au chef du bureau de l'éloignement du territoire, a reçu délégation de la préfète de ce département pour signer les décisions portant assignation à résidence. Par suite et dès lors qu'il n'est pas établi que la préfète ou les autres agents bénéficiant d'une telle délégation de signature n'auraient pas été absents ou empêchés, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.

23. En troisième lieu, la décision en litige, prise au visa des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour, énonce les textes dont elle fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C, ainsi que les éléments sur lesquels la préfète s'est fondée pour prononcer son assignation à résidence. Dès lors, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

24. En quatrième lieu et alors même que les motifs de la décision attaquée ne reprennent pas l'ensemble des éléments caractérisant sa situation, il ne ressort ni des termes de cette décision, ni des pièces du dossier que la préfète n'aurait pas procédé à un examen particulier et complet de la situation de M. C. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

25. En cinquième lieu, si M. C soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait, un tel moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bienfondé.

26. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français prise en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ; () ".

27. En l'espèce, dès lors que M. C, qui n'établit pas que son éloignement ne demeurerait pas une perspective raisonnable, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français prise en application de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, c'est par une exacte application des dispositions de l'article L. 731-1 précité que la préfète a pris à son encontre la décision attaquée. La circonstance qu'il aurait déposé le 15 septembre 2023 une demande d'admission exceptionnelle au séjour est à cet égard sans incidence sur la légalité de la décision. Par suite, le moyen doit être écarté.

28. En septième lieu, aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".

29. L'arrêté attaqué assigne M. C à résidence dans le département de l'Essonne, pour une durée de quatre-vingt-dix jours, et lui impose de se présenter quotidiennement au commissariat de police de Viry-Châtillon afin de faire constater qu'il respecte la mesure d'assignation à résidence dont il fait l'objet. Si le requérant produit une promesse d'embauche pour exercer à compter du 1er août 2024 la profession d'ouvrier qualifié, ainsi qu'une demande d'autorisation de travail, il ne justifie à la date de la décision d'aucune activité professionnelle et ne dispose d'aucune autorisation de travail. Par ailleurs, le requérant dispose de la possibilité de solliciter de la préfète la délivrance d'une autorisation de se déplacer en dehors de son lieu d'assignation à résidence. Enfin, s'il se prévaut de la scolarisation de deux de ses enfants, il ressort des pièces produites que ceux-ci sont scolarisés dans une école de Viry-Châtillon. Dans ces conditions, l'intéressé, qui ne peut utilement faire état de sa présence en France depuis 2011 ainsi que de la présence des membres de sa famille sur le territoire national à l'encontre de la décision attaquée portant assignation à résidence, ne fait état d'aucune circonstance propre à sa situation qui permettrait d'estimer que la mesure d'assignation à résidence prise à son encontre présenterait un caractère disproportionné ou, à supposer le moyen également soulevé, serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Les moyens seront écartés.

30. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. ".

31. En l'espèce, il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci a été prise sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne pouvait par conséquent prévoir une durée d'assignation à résidence supérieure à quarante-cinq jours. Par suite, M. C est fondé à soutenir que cette décision, qui assigne le requérant à résidence pour une durée de quatre-vingt-dix jours, a méconnu dans cette mesure les dispositions de l'article L. 732-3 du même code, et à en demander l'annulation en tant qu'elle prévoit une durée excédant quarante-cinq jours.

32. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 8 juillet 2024 par laquelle la préfète de l'Essonne a assigné M. C à résidence pour une durée de quatre-vingt-dix jours doit être annulée seulement en tant qu'elle prévoit une durée excédant quarante-cinq jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

33. Le présent jugement qui annule la décision du 8 juillet 2024 par laquelle la préfète de l'Essonne a assigné M. C à résidence en tant qu'elle prévoit une durée excédant quarante-cinq jours, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

34. En l'espèce, dès lors que le requérant doit être regardé comme la partie qui perd pour l'essentiel, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, une somme au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis à l'aide juridictionnelle provisoire dans l'instance n° 2405671.

Article 2 : La décision du 8 juillet 2024 par laquelle la préfète de l'Essonne a assigné M. C à résidence est annulée en tant qu'elle prévoit une durée excédant quarante-cinq jours.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Djemaoun et à la préfète de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

F. Gibelin Le greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne au préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2405671-2405778

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