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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2405818

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2405818

lundi 29 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2405818
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 10 et 17 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Pigot, demande à la juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident sur le fondement de l'article L. 432-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle mention " vie privée et familiale ", ou à défaut, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de 15 jours, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre infiniment subsidiaire de réexaminer sa situation à fin de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est présumée remplie s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour ; elle réside régulièrement en France depuis le 14 septembre 2019 ; elle se trouve désormais sans aucun droit au séjour et au travail ; elle risque de voir son contrat de travail suspendu et se trouve exposée à une procédure de retenue, de placement ou d'éloignement ;

- s'agissant de l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

* Elle est entachée d'absence de motivation ;

* Elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-1, L. 423-3 et L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* Elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de l'Essonne a produit une pièce, enregistrée le 16 juillet 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n°2405817 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Sauvageot, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 25 juillet 2024, tenue en présence de Mme Laforge, greffière d'audience, Mme Sauvageot a lu son rapport, les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante chinoise née le 1er novembre 1978, est titulaire en dernier lieu d'une carte de séjour temporaire valable du 29 novembre 2022 au 28 novembre 2023 dont elle a sollicité le renouvellement le 19 novembre 2023. Une attestation de prolongation d'instruction lui a été délivrée, valable du 22 janvier 2024 au 21 avril 2024. Mme B demande à la juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite de refus de renouvellement de titre de séjour prise par le préfet de l'Essonne.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. Il résulte des dispositions citées au point 2 que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Il est constant que Mme B était titulaire d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 29 novembre 2022 au 28 novembre 2023 et il n'est pas contesté par le préfet de l'Essonne qu'elle en a demandé le renouvellement avant son expiration. La condition d'urgence est ainsi présumée. Le préfet de l'Essonne ne fait état d'aucune circonstance particulière de nature à y faire échec. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

5. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 423-1 et L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

6. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions prévues à l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont réunies. Par suite, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé à Mme B le renouvellement de son titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.

8. D'une part, en vertu de ce qui a été rappelé au point 7, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de l'Essonne de délivrer à Mme B une carte de résident ou une carte de séjour temporaire ne peuvent qu'être rejetée.

9. D'autre part, il résulte de l'instruction qu'en cours d'instance, le préfet de l'Essonne a délivré à la requérante une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour valable du 15 juillet 2024 au 14 octobre 2024. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de l'Essonne de réexaminer sa situation et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour sont sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 800 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Essonne a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par Mme B, est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur les conclusions tendant à son annulation.

Article 2 : L'Etat versera à Mme B une somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 29 juillet 2024.

La juge des référés,

signé

J. Sauvageot

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir l'exécution de la présente décision.

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