lundi 16 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2405825 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 juillet 2024 au tribunal administratif de Versailles, M. A F C représenté par Me Reynolds, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2024 par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office.
2°) d'enjoindre à cette autorité ou à tout préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous une astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire de procéder à un réexamen de sa situation administrative dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte en lui délivrant dans cette attente une autorisation provisoire de séjour.
3°) d'enjoindre à la préfète de procéder sans délai à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est signé d'une autorité ne justifiant pas de sa compétence ;
-il est insuffisamment motivé en ce qu'il n'apporte aucune précision sur sa situation personnelle et ne tient pas compte de son intégration professionnelle depuis 2020 ;
-il méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale consacré par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il travaille depuis 2020 et depuis le 15 mai 2023 comme chauffeur livreur et bénéficie d'un contrat à durée indéterminée depuis le mois de mai 2023et vit en France depuis huit années, pays où il possède désormais toutes ses attaches et où demeure également son épouse de même nationalité dont il attend un enfant ainsi qu'un frère et une sœur en situation régulière sur le territoire ;
- pour les mêmes motifs, il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 septembre 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés et demande au tribunal de bien vouloir substituer au 1° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le 2° du même article, le requérant s'étant maintenu sur le territoire à l'expiration de son dernier titre de séjour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme E pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L.921-1 et L.921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article L.922-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 septembre 2024 :
- le rapport de Mme E ;
-les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant malgache né le 7 juin 1998 est entré régulièrement en France au mois d'août 2016 et a été mis en possession de titres de séjour en qualité d'étudiant, dont le dernier est venu à expiration le 12 avril 2023. Il a été interpellé le 10 juillet 2024 alors qu'il circulait à bord d'un véhicule sans être en possession d'un titre de conduite valable sur le sol français. Par un arrêté du 10 juillet 2024, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office.
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-PREF-DCPPAT-BCA-143 du 2 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 076 du même jour de la préfecture de l'Essonne, Mme D B, adjointe au chef du bureau de l'éloignement du territoire, a reçu délégation de la préfète de ce département pour signer les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C, dont les éléments sur lesquels la préfète s'est fondée pour l'obliger à quitter le territoire français et fixer le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. Dès lors, cet arrêté, qui se réfère notamment à la situation professionnelle et familiale de l'intéressé, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ()
5. En l'espèce, la décision attaquée, motivée par l'irrégularité du séjour en France de M. C trouve son fondement légal dans les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui peuvent être substituées à celles du 1° du même article dès lors, que s'étant maintenu sur le territoire français à l'expiration de son titre de séjour en qualité d'étudiant, l'intéressé se trouvait dans la situation où, en application du 2° de l'article L. 611-1, le préfet pouvait décider qu'il serait obligé de quitter le territoire français et que cette substitution de base légale sollicitée par la préfète de l'Essonne n'a pour effet de priver le requérant d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions. Il s'ensuit qu'il y a lieu de faire droit à la demande présentée par la préfète de l'Essonne.
6. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
7. En l'espèce, M. C est entré en France en 2016 aux fins de poursuivre des études et ne justifie pas des diplômes qui lui auraient été délivrés depuis son inscription pour l'année 2017-2018 eu DUT de gestion logistique à l'université de Cergy-Pontoise jusqu'à la venue à expiration en 2023 de son titre de séjour en qualité d'étudiant. S'il soutient disposer d'un emploi de technicien informatique depuis le 1er décembre 2021 au sein de la société Avo Technology, ainsi que d'emplois de chauffeur livreur au sein des sociétés Twins SAS et Kolipor, alors qu'il a déclaré ne pas posséder de titre de conduite, cette circonstance, qui démontre une volonté d'insertion par le travail du requérant, ne suffit pas, à elle seule, à établir l'intensité des liens entretenus avec la France. Enfin, s'il se prévaut de son mariage le 27 avril 2024 avec une compatriote, elle-même dépourvue de titre de séjour, dont il attend un enfant, il ne ressort pas des pièces du dossier que la vie familiale ne pourrait se poursuivre dans le pays d'origine des époux. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Essonne aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en lui faisant obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
8. Il s'ensuit que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 10 juillet 2024 de la préfète de l'Essonne et que sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F C et à la préfète de l'Essonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2024.
La magistrate désignée,
signé
M. E Le greffier,
signé
T. Rion
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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