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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2405874

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2405874

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2405874
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELAS NAUSICA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 juillet 2024, M. et Mme B C, représentés par Me Fouret, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 8 juillet 2024 portant rejet du recours administratif préalable obligatoire exercé contre la décision du 12 juin 2024 par laquelle le rectorat de l'académie de Versailles a refusé de leur délivrer l'autorisation d'instruire leur enfant, A, au sein de la famille au titre de l'année scolaire 2024-2025 ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Versailles de leur délivrer l'autorisation d'instruire en famille leur fils A, sur le fondement du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation nationale ou, à titre subsidiaire, de reconsidérer la situation de leur fils ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Milon, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C, parents A, né le 16 juin 2018, demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 8 juillet 2024 portant rejet du recours administratif préalable obligatoire qu'ils ont exercé contre la décision du 12 juin 2024 par laquelle le rectorat de l'académie de Versailles a refusé de leur délivrer l'autorisation d'instruire leur fils au sein de la famille au titre de l'année scolaire 2024-2025.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". Enfin, le premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code prévoit que : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. Pour l'application des dispositions citées au point 2, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient ainsi au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Dans ce cadre, l'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision contestée, les requérants font valoir, en premier lieu, que la décision attaquée implique l'inscription de leur enfant au sein d'un établissement scolaire et que, dans la mesure où ils privilégient une inscription dans une école privée, il leur faudrait débourser des frais d'inscription non remboursables même dans le cas où l'autorisation sollicitée leur serait finalement accordée. Toutefois, cette circonstance, qui résulte au demeurant du choix de scolarisation opéré par les intéressés, ne saurait caractériser une atteinte grave et immédiate à leur situation. Si les requérants font valoir, en deuxième lieu, que leur fils a manqué la visite de découverte des lieux de sa future école, organisée au cours du printemps dernier, cette circonstance ne peut raisonnablement faire obstacle à la capacité de cet enfant à s'acclimater à la structure dans laquelle il serait scolarisé. Les requérants ne démontrent pas davantage que l'absence de visite des lieux de sa future école serait, par elle-même, susceptible de provoquer un " bouleversement du rythme de l'enfant et de ses modalités d'instruction ". En troisième lieu, s'ils font valoir que l'acquisition de ressources pédagogiques actualisées serait rendue nécessaire dans l'hypothèse où l'instruction en famille serait finalement autorisée, et que ces ressources pourraient manquer, nuisant ainsi à son parcours scolaire, cette circonstance, au demeurant non étayée, n'est pas de nature à caractériser une atteinte grave et immédiate à leur situation, ou à celle de leur enfant. En quatrième lieu, les requérants font valoir que leur fils souffre " de plusieurs atteintes à son état de santé ", et notamment de bégaiement, ce trouble, étant, d'après eux, susceptible de s'installer dans la durée s'il n'est pas pris en compte. Ils soulignent que ce trouble " a eu tendance à se résorber " lors des dernières années, durant lesquelles leur enfant était instruit en famille, et qu'une scolarisation aurait pour effet d'anéantir l'amélioration constatée. Toutefois, les requérants ne produisent aucune pièce, notamment médicale, de nature à conforter les risques qu'ils invoquent. Enfin, contrairement à ce que font valoir les requérants, la scolarisation de leur enfant n'est pas susceptible d'altérer son suivi d'orthophonie, des rendez-vous de consultation pouvant être proposés notamment les mercredis, ainsi que durant les pauses méridiennes, ou encore après la journée d'école. En toute hypothèse, des autorisations d'absence peuvent être accordées par l'école pour permettre à l'enfant, qui sera scolarisé en classe de CP, de bénéficier d'un tel suivi. Ainsi, il n'est pas établi que les modifications induites par la scolarisation de leur enfant seraient susceptibles de préjudicier, de manière grave, à ses intérêts ou à ceux des requérants. Par suite, la condition d'urgence exigée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme satisfaite. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin d'examiner le sérieux des moyens, il y a lieu de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter les conclusions des requérants présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme B C.

Fait à Versailles, le 18 juillet 2024.

La juge des référés,

signé

A. Milon

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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