jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2405934 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 7éme chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2024, M. B C, agissant en sa qualité de représentant légal de son fils A C, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er juillet 2024 par laquelle le maire de la commune de Croissy-sur-Seine a confirmé le rejet de sa demande d'inscription de son fils A à l'école primaire Leclerc ;
2°) de mettre les dépens à la charge de la commune de Croissy-sur-Seine.
M. C soutient que la décision attaquée :
- est entachée d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 212-8 du code de l'éducation ;
- est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- méconnaît les articles 3 et 23 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 septembre 2024, la commune de Croissy-sur-Seine conclut au rejet de la requête.
La commune soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée au recteur de l'académie de Versailles, qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,
- et les conclusions de Mme Cerf, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C et Mme D, qui résident dans la commune de Port-Marly, ont sollicité, au titre de l'année scolaire 2024 - 2025, l'inscription de leur enfant A C à l'école primaire Leclerc de Croissy-sur-Seine, pour motif médical. M. C demande l'annulation de la décision du 1er juillet 2024 par laquelle le maire de la commune de Croissy-sur-Seine a confirmé le rejet cette demande.
2. En premier lieu, il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.
3. Par une décision du 25 juin 2024, le maire de la commune de Croissy-sur-Seine a rejeté la demande d'inscription de A C à l'école primaire Leclerc située sur le territoire de cette commune, par dérogation au principe selon lequel les enfants doivent être inscrits dans un établissement de la commune où résident leurs parents. Il ressort des pièces du dossier que M. C a contesté cette décision, postérieurement à son édiction, notamment en fournissant un justificatif médical. Par le courriel du 1er juillet 2024, dont le requérant demande l'annulation, les services de la commune de Croissy-sur-Seine se sont bornés à confirmer le refus opposé le 25 juin 2024. Ce courriel doit, par conséquent, être regardé comme le rejet d'un recours gracieux. Par suite, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de cette décision du 1er juillet 2024 doivent être regardées comme étant également dirigées contre la décision initiale, adoptée par le maire de la commune de Croissy-sur-Seine le 25 juin 2024.
4. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 2, les vices propres à la décision par laquelle l'administration rejette un recours gracieux ne peuvent être utilement contestés. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision du 1er juillet 2024 est inopérant.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 131-5 du code de l'éducation : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé () Chaque enfant est inscrit () dans la commune où ses parents ont une résidence () " Aux termes de l'article L. 212-8 du même code : " () un décret en Conseil d'Etat précise les modalités selon lesquelles, sans préjudice du dernier alinéa du présent article, une commune est tenue de participer financièrement à la scolarisation d'enfants résidant sur son territoire lorsque leur inscription dans une autre commune est justifiée par des motifs tirés de contraintes liées : / 3° A des raisons médicales. () " Aux termes de l'article R. 212-21 de ce code : " La commune de résidence est tenue de participer financièrement à la scolarisation d'enfants dans une autre commune dans les cas suivants : / () 2° Etat de santé de l'enfant nécessitant, d'après une attestation établie par un médecin de santé scolaire ou par un médecin agréé au titre du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, une hospitalisation fréquente ou des soins réguliers et prolongés, assurés dans la commune d'accueil et ne pouvant l'être dans la commune de résidence ; () " Aux termes de l'article R. 212-22 de ce code : " Lorsque le maire de la commune d'accueil inscrit un enfant au titre de l'un des cas prévus à l'article R. 212-21, il doit informer, dans un délai maximum de deux semaines à compter de cette inscription, le maire de la commune de résidence du motif de cette inscription. "
6. Si M. C et Mme D ont sollicité l'inscription de leur fils dans un établissement de la commune de Croissy-sur-Seine, eu égard à son état de santé, ils ne produisent qu'un seul certificat médical, établi par un pédopsychiatre du pôle de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent du centre hospitalier Théophile Roussel, situé dans la commune du Vésinet, qui indique de manière très peu circonstanciée que " l'état de santé du jeune A C () nécessite la poursuite de sa scolarité sur la ville de Croissy sur Seine ". Le requérant ne justifie ainsi pas, ce qu'il est seul en mesure de faire, que l'état de santé son fils nécessiterait une hospitalisation fréquente ou des soins réguliers et prolongés, assurés dans la commune de Croissy-sur-Seine et ne pouvant l'être dans sa commune de résidence. Pour les mêmes motifs, l'autorité administrative ne saurait être regardée comme ayant méconnu son obligation de faire de l'intérêt supérieur de A C une considération primordiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-8 du code de l'éducation et des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doivent, en tout état de cause, être écartés.
7. En dernier lieu, le requérant ne saurait utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 23 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, lesquelles ne créent d'obligations qu'à l'égard des Etats parties à cette convention et ne produisent pas d'effet direct à l'égard des particuliers.
8. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est fondé à demander l'annulation ni de la décision du 25 juin 2024 par laquelle le maire de la commune de Croissy-sur-Seine a rejeté sa demande d'inscription de son fils à l'école primaire Leclerc, ni de la décision du 1er juillet 2024 rejetant son recours gracieux. Par voie de conséquence, ses conclusions relatives aux frais liés à l'instance doivent, en tout état de cause, être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la commune de Croissy-sur-Seine.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Mauny, président,
M. Lutz, premier conseiller,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
A. LE VAILLANT
Le président,
Signé
O. MAUNYLa greffière,
Signé
C. BENOIT-LAMAITRIE
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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