lundi 14 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2405978 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 11 juillet 2024, 10 et 13 septembre 2024, M. B A demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 juin 2024 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de réexaminer sa situation administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- en rejetant sa demande de titre de séjour au regard d'une faute présumée sur son acte de naissance, le préfet des Yvelines a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
L'ensemble de la procédure a été communiqué au préfet des Yvelines qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé, le 13 septembre 2024, des pièces au dossier.
Par une ordonnance du 18 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience sur ce litige en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Degorce ;
- et les observations de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Entré sur le territoire français le 9 janvier 2019 sous couvert d'un visa Schengen de court séjour, M. B A, ressortissant sénégalais né le 12 juin 1987 à Hamady Ounar, a sollicité le 28 février 2023 son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté du 11 juin 2024 dont il demande l'annulation, le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : 1° les documents justifiant de son état civil () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. ".
3. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
4. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.
5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet des Yvelines, saisi d'un doute sur l'authenticité des actes d'état-civil produits par M. A, a saisi les services spécialisés de la fraude documentaire les 11 août 2023 et 22 mars 2024 au motif que ces actes ne correspondaient pas aux modèles référencés en raison d'une rature, de l'absence de mention de l'heure de naissance et d'un espace dans le mot " République " et qu'ils n'étaient pas accompagnés du jugement supplétif mentionné sur l'acte de naissance mais d'une fiche d'inscription tardive. La décision attaquée indique que les rapports d'analyse concluaient à l'absence d'authenticité de ces actes au motif que le requérant ne produisait pas la décision du juge de paix autorisant l'officier d'état-civil à dresser l'acte de naissance. Le préfet des Yvelines a alors considéré que, la fraude documentaire étant avérée, M. A ne remplissait pas les conditions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il n'était pas possible de vérifier ni son union avec une ressortissante de nationalité française, ni sa filiation avec son enfant de nationalité française.
6. Toutefois, le requérant produit dans le cadre de la présente instance un passeport établi le 19 mai 2022 par les autorités sénégalaises ainsi qu'une attestation du maire de la commune de Sinthiou Bamambé-Banadji, dûment revêtu d'un cachet officiel, attestant que le requérant, dont les mentions relatives à l'identité sont bien concordantes avec celles de la copie de son acte de naissance, est bien attributaire du n°8795 du registre des actes de l'année 1992 du centre secondaire de Sinthiou Bamambé, numéro qui apparaît bien sur son acte de naissance. En outre, il n'est pas établi que ces documents d'identité auraient donné lieu à une saisine des services sénégalais compétents afin d'en vérifier l'authenticité. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que le préfet des Yvelines a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en considérant qu'il ne justifiait pas de son état civil lors de sa demande de titre de séjour.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 juin 2024 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Le présent jugement implique nécessairement, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet des Yvelines ou le préfet territorialement compétent réexamine la situation de M. A et lui délivre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu de l'y enjoindre dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais de l'instance :
9. Alors que le requérant n'est pas représenté par un avocat, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions qu'il présente au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 11 juin 2024, par lequel le préfet des Yvelines a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office, est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Yvelines, ou au préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la situation administrative de M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 30 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Sauvageot, présidente,
- Mme Lutz, première conseillère,
- Mme Degorce, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
Ch. DegorceLa présidente,
signé
J. Sauvageot
La greffière,
signé
C. Delannoy
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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