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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2406005

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2406005

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2406005
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL CENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2024, Mme C B, représentée par Me Besse, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 29 janvier 2024 par laquelle le préfet des Yvelines a clôturé sa demande de renouvellement de titre de séjour et a refusé d'enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence est présumée s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour ; cette décision la fait en outre basculer dans l'irrégularité, et elle s'expose au risque de perdre son emploi ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ; la décision est entachée d'incompétence ; elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ; elle méconnaît les articles L. 212-1 et L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration ; elle est entachée d'erreur de droit et méconnaît les dispositions de l'article L. 423-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond enregistrée sous le n° 2406004 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante égyptienne, née le 8 février 2000, est entrée en France le 23 mars 2015 sous couvert d'un visa D portant la mention " regroupement familial ", valable du 22 janvier 2015 au 22 avril 2015, puis a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 28 février 2019 au 27 février 2023. Elle a déposé, le 15 novembre 2023, une demande de renouvellement de titre de séjour portant la mention " passeport talent et membres de famille ". Elle demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 29 janvier 2024 par laquelle le préfet des Yvelines a clôturé sa demande de renouvellement de titre de séjour et a refusé d'enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". Enfin, aux termes de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire () ".

3. Il résulte des dispositions citées au point précédent que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette condition d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme dans le cas d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Il résulte de l'instruction que si Mme B a été titulaire d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 28 février 2019 au 27 février 2023, elle a déposé le 15 novembre 2023, soit après l'expiration de son titre, une demande de titre de séjour portant la mention " passeport talent et membres de famille ". S'agissant d'une demande de changement de statut, elle ne peut, par suite, bénéficier de la présomption d'urgence instaurée en faveur des étrangers sollicitant le renouvellement de leur titre de séjour.

5. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision de clôture de sa demande de titre de séjour dont elle fait l'objet, Mme B se borne à faire valoir, d'une part, qu'elle se trouve en situation irrégulière l'exposant au risque d'une mesure d'éloignement et, d'autre part, qu'elle s'expose au risque que son employeur mette fin à son contrat de travail. Toutefois, en se bornant à produire un bulletin de salaire d'avril 2024, elle ne justifie pas de l'existence d'un risque de suspension ou de rupture de son contrat à brève échéance. En outre, si Mme B demande la suspension de l'exécution de la décision de clôture de sa demande, intervenue, selon la capture d'écran produite, le 29 janvier 2024, elle n'a saisi le tribunal que le 15 juillet 2024. En l'absence de diligence à effectuer les démarches nécessaires auprès de la préfecture et à saisir le tribunal, elle n'établit pas que les effets de la décision qu'elle conteste porteraient une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation de nature à caractériser une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, son exécution soit suspendue.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner s'il existe, au regard des moyens invoqués, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, qu'il y a lieu, en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, de rejeter la requête de Mme C B en toutes ses conclusions.

O R D O N N E:

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B.

Fait à Versailles, le 19 juillet 2024.

La juge des référés,

signé

V. ALa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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