mercredi 17 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2406021 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Djemaoun, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du 8 juillet 2024 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé à son encontre une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat, une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Boukheloua, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 8 juillet 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a, sur le fondement des dispositions de l'article L. 228-2 du code de la sécurité intérieure, pris à l'encontre de M. A une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance (MICAS) aux termes de laquelle il doit confirmer et justifier son lieu d'habitation auprès du commissariat de police d'Athis-Mons et doit déclarer et justifier tout nouveau lieu d'habitation, il a interdiction de se déplacer en dehors du territoire de la commune d'Athis-Mons (91), sauf à avoir obtenu préalablement une autorisation écrite (sauf-conduit), et il doit se présenter une fois par jour, à 08 heures, au commissariat de police d'Athis-Mons, cette obligation s'appliquant tous les jours de la semaine, y compris les dimanches, les jours fériés ou chômés, toutes ces obligations étant applicables jusqu'au 8 septembre 2024 inclus. M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 8 juillet 2024.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
3. La mise en œuvre de la protection juridictionnelle particulière instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative implique qu'il soit satisfait non seulement à la condition d'urgence inhérente à la procédure de référé mais également que l'illégalité commise par une personne publique revête un caractère manifeste, c'est-à-dire relevant de l'évidence, et ait pour effet de porter une atteinte grave à une liberté fondamentale. Il résulte tant des termes de l'article L. 521-2 que du but dans lequel la procédure qu'il instaure a été créée que doit exister un rapport direct entre l'illégalité relevée à l'encontre de l'autorité administrative et la gravité de ses
effets au regard de l'exercice de la liberté fondamentale en cause.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 522-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
5. En application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les dispositions de l'article L. 522-1 de ce code relatives à la procédure contradictoire et à la tenue d'une audience.
6. Aux termes de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure : " Aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme, toute personne à l'égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics et qui soit entre en relation de manière habituelle avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme, soit soutient, diffuse, lorsque cette diffusion s'accompagne d'une manifestation d'adhésion à l'idéologie exprimée, ou adhère à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes peut se voir prescrire par le ministre de l'intérieur les obligations prévues au présent chapitre ". Aux termes de l'article L. 228-2 du même code : " Le ministre de l'intérieur peut, après en avoir informé le procureur de la République antiterroriste et le procureur de la République territorialement compétent, faire obligation à la personne mentionnée à l'article L. 228-1 de : / 1° Ne pas se déplacer à l'extérieur d'un périmètre géographique déterminé, qui ne peut être inférieur au territoire de la commune. La délimitation de ce périmètre permet à l'intéressé de poursuivre une vie familiale et professionnelle et s'étend, le cas échéant, aux territoires d'autres communes ou d'autres départements que ceux de son lieu habituel de résidence ; / 2° Se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, dans la limite d'une fois par jour () ; / 3° Déclarer son lieu d'habitation et tout changement de lieu d'habitation. / Les obligations prévues aux 1° à 3° du présent article sont prononcées pour une durée maximale de trois mois à compter de la notification de la décision du ministre. () Les mesures sont levées dès que les conditions prévues à l'article L. 228-1 ne sont plus satisfaites. () / La personne soumise aux obligations prévues aux 1° à 3° du présent article peut, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision () demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision. Le tribunal administratif statue dans un délai de quinze jours à compter de sa saisine. Ces recours () s'exercent sans préjudice des procédures prévues au huitième alinéa du présent article ainsi qu'aux articles L. 521-1 et L. 521 2 du même code ".
7. Pour justifier de l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, M. A fait notamment valoir que les faits à l'origine du signalement de novembre 2023, sur lequel repose en partie la MICAS litigieuse, ont fait l'objet d'un " classement à auteur " par le tribunal judiciaire de Créteil le 18 juin 2024 compte tenu du caractère insuffisamment caractérisé de l'infraction, " les faits ou les circonstances des faits de la procédure n'ayant pu être clairement établis par l'enquête ". Toutefois, l'avis de classement produit par M. A porte sur des faits, du reste non datés et non circonstanciés, de " menaces " et de " chantage ", qui ne coïncident pas avec ceux du signalement en question qui relate un dépôt de plainte contre M. A pour des faits de " tapage, d'injure publique à caractère antisémite " et de " menace de mort réitérées depuis décembre 2022 ", les propos attribués à l'intéressé étant " sale juif, on va t'égorger, sale koufar ou va te couper la tête, on va te tuer ". En outre, si M. A se prévaut de la délivrance et du renouvellement, depuis mai 2016 et ce jusqu'au 24 août 2024, de son habilitation par le préfet de police de Paris pour exercer son emploi d'agent de chargement à l'aéroport d'Orly, notamment en zone de sûreté, il résulte du régime de cette habilitation, notamment de l'article R. 6342-19 du code des transports, qu'elle est délivrée " pour une durée maximale de cinq ans ". Aussi, cette circonstance ne suffit pas, par elle-même, à ôter toute crédibilité au signalement litigieux, dès lors qu'elle est en tout état de cause sans incidence en ce qui concerne la période précédant ce signalement, et qu'elle ne permet pas d'établir qu'une enquête administrative ayant conduit au renouvellement de cette habilitation a eu lieu postérieurement au même signalement. Au demeurant, il résulte des pièces produites par M. A qu'il a demandé au procureur de la République, le 20 juin 2024, soit avant la MICAS attaquée, un effacement des données le concernant inscrites au fichier TAJ afin de " ne pas compromettre " son emploi. Ainsi, sans qu'il soit besoin d'examiner le bien-fondé des autres motifs de la décision attaquée, et compte tenu, d'une part, du niveau élevé de la menace terroriste sur le territoire Français et du contexte favorable à la commission d'actes terroristes créé par les jeux olympiques de Paris 2024, d'autre part de la nature du poste occupé par M. A, et enfin de la durée limitée à la période des jeux olympiques de la MICAS litigieuse, les éléments produits par M. A ne suffisent pas à établir une atteinte grave et manifestement illégale, par l'administration, à sa vie privée et familiale, à sa liberté d'aller et venir et à son droit au travail.
8. Il résulte de ce qui est dit précédemment, et en particulier aux points 3 et 7, que M. A n'est pas fondé à soutenir que la MICAS dont il demande la suspension sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, porterait une atteinte grave et manifestement illégale impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans un délai de quarante-huit heures.
9. Par suite, la requête de M. A doit être rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, y compris les conclusions fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Versailles, le 17 juillet 2024.
La juge des référés,
Signé
N. Boukheloua
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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