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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2406036

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2406036

jeudi 22 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2406036
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a enjoint à la préfète de l'Essonne de fixer un rendez-vous à Mme B, ressortissante tunisienne, afin de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours. La requérante justifiait de l'urgence, ses études et l'obtention d'une bourse étant conditionnées par la régularisation de son séjour, et établissait l'impossibilité d'obtenir un rendez-vous malgré des démarches répétées. La solution retenue s'appuie sur le droit de tout étranger à voir sa situation examinée dans un délai raisonnable et sur l'obligation pour l'administration de recevoir le demandeur lorsque son dossier est complet. L'État a également été condamné à verser 1 000 euros à Mme B au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 juillet 2024, Mme A C B, représentée par Me Saidi, demande au juge des référés :

1°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir :

- de lui fixer un rendez-vous en vue de déposer de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir,

- de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour renouvelable tant qu'il n'a pas été statué sur sa demande de titre de séjour ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne, qui n'a produit aucune pièce ni écritures en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1.. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

2. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

3. Lorsque le rendez-vous ne peut être obtenu qu'en se connectant au site internet de la préfecture, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel ce rendez-vous doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

4. Entrée en France à l'âge de 11 ans, où elle était titulaire d'un DCEM pendant sa minorité, Mme A C B, ressortissante tunisienne, née le 14 novembre 2003, établit avoir vainement présenté le 28 novembre 2021, une demande de titre de séjour " jeune majeur puis, sur les conseils du service, avoir déposé le 22 mai 2023 une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur la plateforme " mes démarches simplifiées ". Elle établit également que tant la poursuite même de ses études dont elle a réussi la première année, que l'obtention d'une bourse d'études sont conditionnées par l'obtention d'un titre de séjour. Par suite elle doit être regardée comme faisant état d'éléments impérieux justifiant que sa demande de titre de séjour soit examinée en priorité par rapport aux autres demandes.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de fixer à Mme B un rendez-vous en vue de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la présente ordonnance, sans qu'il n'y ait toutefois lieu, dans les circonstances de l'espèce d'assortir cette injonction d'une astreinte. Il y a également lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme B d'une somme de 1000 euros au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de recevoir Mme B pour lui délivrer un récépissé dans un délai de quinze jours à compter de la présente ordonnance.

Article 2 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C B, à la préfète de l'Essonne et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Versailles, le 22 août 2024.

La juge des référés,

signé

J. Grand d'Esnon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outres-mes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2406036

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