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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2406149

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2406149

mercredi 7 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2406149
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantFAKIH

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles a rejeté la requête de Mme C D, ressortissante congolaise, qui contestait l'arrêté préfectoral du 16 juillet 2024 ordonnant son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile en application du règlement (UE) n° 604/2013. Le tribunal a estimé que la préfète de l'Essonne avait bien respecté les obligations d'information prévues à l'article 4 du règlement, en remettant les brochures "A" et "B" lors de l'entretien individuel du 17 juin 2024. Il a également jugé que les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 5 du même règlement, de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, et de l'erreur manifeste d'appréciation n'étaient pas fondés. En conséquence, la demande d'annulation de l'arrêté de transfert a été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 juillet 2024, Mme C D, représentée par Me Fakih, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne d'enregistrer sa demande d'asile pour qu'elle soit examinée par les autorités françaises.

Elle soutient que :

- la décision méconnaît l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'est pas démontré que la brochure commune prévue lui ait été remise ;

- elle méconnaît l'article 5 du même règlement dès lors qu'il n'est pas démontré qu'un entretien individuel a bien eu lieu de façon confidentielle et en présence d'un interprète dans une langue qu'elle a comprise ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à aux intérêts de son enfant.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé le 23 juillet 2024, des pièces au dossier.

La présidente du tribunal a désigné M. Jean-Louis Perez pour statuer sur les requêtes relevant aux procédures prévues à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique du 30 juillet 2024 qui s'est tenue en présence de Mme Ben Hadj Messaoud, greffière, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D, ressortissante congolaise, née le 7 août 1981, a sollicité le 17 juin 2024 son admission au séjour au titre du droit d'asile auprès des services de la préfète de l'Essonne. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation de la base Visabio a révélé que Mme D a sollicité son admission au séjour au titre du droit d'asile auprès des autorités espagnoles le 26 novembre 2023. Saisies d'une demande de reprise en charge de Mme D le 21 juin 2024, les autorités espagnoles ont accepté implicitement cette requête, le 6 juillet 2024. Par l'arrêté du 16 juillet 2024 dont la requérante demande l'annulation, la préfète de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604-2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5 () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement (UE) n° 604-2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et en tout état de cause en temps utile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme D s'est vue délivrer, lors d'un entretien individuel réalisé le 17 juin 2024, les deux brochures d'informations dites " A " (J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande d'asile ') et " B " (Je suis sous procédure Dublin - Qu'est-ce que cela signifie '). Ces documents constituent la brochure commune visée au paragraphe 3 de l'article 4 du règlement précité et contiennent l'intégralité des informations prévues au paragraphe 1 de cet article. Si Mme D soutient que ces brochures ne lui ont pas été remises, il ressort des mentions du résumé de l'entretien individuel ainsi que des pages de garde des deux brochures produites en défense, qui portent sa signature, que les deux brochures lui ont été remises en langue française qu'elle indique comprendre. En outre, il ressort de l'entretien individuel que Mme D a certifié sur l'honneur que l'information sur les règlements européens lui avait été remise. Ces documents comportent l'ensemble des informations prévues par les dispositions précitées de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit, par suite, être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a bénéficié le 17 juin 2024, dans les locaux de la préfecture de l'Essonne, d'un entretien individuel dont le caractère confidentiel n'est pas sérieusement contesté. Cet entretien a été mené en français, langue que l'intéressée a déclaré comprendre, par un agent qualifié de la préfecture. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. Mme D fait valoir que l'examen de sa demande d'asile doit être pris en charge en France, au titre du droit souverain des autorités françaises d'accorder l'asile sur leur territoire, y compris lorsque cet examen relève de la compétence d'un autre Etat, eu égard à ses liens personnels en France, notamment de la présence en France de membres de sa famille, de sa maîtrise de la langue française et de la scolarisation de son enfant en France. Toutefois, les documents d'identité des membres de sa famille produits au dossier ne permettent pas d'établir la réalité et l'intensité de ces liens familiaux. De plus, si Mme D fait valoir que son enfant est scolarisé en France et maîtrise la langue française, en l'espèce, la présente décision de transfert n'a ni pour objet ni pour effet de procéder à la séparation de la cellule familiale qui pourra se reconstituer en Espagne, Etat responsable de l'examen de la demande d'asile de Mme D. Dès lors, ces circonstances ne sont pas, par elles-mêmes, de nature à démontrer qu'en décidant son transfert aux autorités espagnoles, la préfète de l'Essonne aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences de ce transfert quant aux intérêts de l'enfant. Pour les mêmes raisons, en prenant l'arrêté attaqué, la préfète de l'Essonne n'a pas méconnu les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, il ressort des pièces du dossier, notamment du résumé de l'entretien individuel du 17 juin 2024, que Mme D déclare n'avoir aucun autre membre de sa famille en France ni dans un autre Etat membre. Par suite, il y a également lieu d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, ainsi que le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de la requérante dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Essonne n'aurait pas procédé à un examen de sa situation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté du 16 juillet 2024 de la préfète de l'Essonne doit être annulé. Il s'ensuit que ses conclusions à fin d'annulation de cet arrêté doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : Mme D est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à la préfète de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 août 2024.

Le magistrat désigné,

signé

J-L. B La greffière,

signé

L. Ben Hadj Messaoud

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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