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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2406153

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2406153

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2406153
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBERZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Berz, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète de l'Essonne a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour " talent-carte bleue européenne " déposée le 9 janvier 2024 ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de réexaminer sa demande dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et de lui délivrer, dans l'attente de l'examen du recours au fond, un document provisoire l'autorisant à séjourner, travailler et voyager ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence est présumée s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour ; il bénéficiait d'un titre de séjour salarié et a sollicité avant son expiration un titre de séjour de même type ; à titre subsidiaire, cette décision le maintient dans une situation administrative précaire et porte une atteinte grave et immédiate à ses intérêts et à ceux de ses enfants ; le titre de séjour " talent-carte bleue européenne ", qui contient une autorisation de regroupement familial, lui permettra de faire venir sa conjointe et ses deux enfants, dont l'un souffre de problèmes de santé ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la directive européenne 2021/1883/UE.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond enregistrée sous le n° 2406152 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Caron, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant béninois né le 1er juin 1991, a bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié " valable du 7 mars 2020 au 6 mars 2024. Il a déposé, le 9 janvier 2024, une demande de renouvellement de titre de séjour portant la mention " talent-carte bleue européenne ". Il demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète de l'Essonne a rejeté sa demande.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". Enfin, aux termes de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire () ".

3. Il résulte des dispositions citées au point précédent que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette condition d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme dans le cas d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Il résulte de l'instruction que M. A, qui était titulaire d'un titre de séjour pluriannuel portant la mention " salarié ", a sollicité un changement de statut pour une carte de séjour " talent-carte bleue européenne ". Ce changement de statut ne saurait être regardé comme le renouvellement de son précédent titre de séjour. Par suite, le requérant ne peut bénéficier de la présomption d'urgence instaurée en faveur des étrangers sollicitant le renouvellement de leur titre de séjour.

5. Pour justifier d'une situation d'urgence, le requérant fait valoir qu'il est maintenu dans une situation précaire. Toutefois, il s'est vu délivrer des attestations de prolongation d'instruction successives, dont la dernière expire le 28 août 2024, qui lui permettent de travailler, et l'intéressé ne justifie pas de l'existence d'un risque de suspension ou de rupture de son contrat de travail à brève échéance. Par ailleurs, si M. A fait valoir que la décision contestée porte gravement atteinte à son droit à une vie privée et familiale ainsi qu'à l'intérêt de ses enfants dès lors qu'une carte de séjour " talent-carte bleue européenne " lui permettrait de faire venir son épouse et ses deux très jeunes fils dont l'un souffre de problèmes de santé, il résulte de l'instruction qu'il vit séparé de sa famille depuis plusieurs années, et l'intéressé ne justifie pas de la nécessité de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente de la décision juridictionnelle qui statuera sur la légalité de la décision litigieuse. Dans ces conditions, la condition d'urgence prévue par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, qu'il y a lieu, en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, de rejeter la requête de M. A en toutes ses conclusions.

O R D O N N E:

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Fait à Versailles, le 22 juillet 2024.

La juge des référés,

signé

V. CaronLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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