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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2406231

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2406231

lundi 5 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2406231
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du 2 juillet 2024 par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé d'instruire la demande de carte de séjour "passeport talent-carte bleue européenne" de M. A. Le juge a estimé qu'aucun des moyens soulevés, notamment l'absence de motivation, l'erreur de droit et l'erreur manifeste d'appréciation, n'était propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. La condition d'urgence n'a pas été examinée, le doute sérieux n'étant pas établi. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2024, M. C A, représenté par Me Pierrot, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 2 juillet 2024 par laquelle le préfet de l'Essonne a clôturé et refusé d'instruire sa demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour mention " passeport talent-carte bleue européenne ", jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois suivant la décision à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que son visa a expiré le 11 juin 2024 et qu'il n'est plus en mesure de justifier de la régularité de son séjour alors même qu'il a entrepris les démarches en vue de la délivrance d'un titre de séjour très rapidement après son arrivée sur le sol français ; la décision refusant d'instruire sa demande de titre de séjour le place dans une situation extrêmement précaire et l'expose à une mesure d'éloignement et au risque d'être privé de la possibilité d'exercer l'activité professionnelle pour laquelle il a demandé et obtenu un visa de long séjour ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée dès lors qu'elle ne comporte pas l'identification de son signataire en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, ce qui ne permet pas de s'assurer de sa compétence ; elle n'est pas motivée et révèle un défaut d'examen de sa situation ; elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet était en situation de compétence liée pour lui délivrer le titre de séjour sollicité dès lors qu'il obtenu un visa de long séjour portant la mention " passeport talent-carte bleue européenne " ; elle est entachée d'une erreur de droit quant à l'évaluation de sa rémunération dès lors qu'il perçoit une rémunération mensuelle brute de 4 666 euros et qu'en tout état de cause, l'ancien article R. 313-47 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui fixait un seuil de rémunération minimale pour la délivrance du titre en litige ayant été abrogé par le décret n°2020-1734 du 16 décembre 2020, la condition de rémunération n'est plus opposable ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2024, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 19 juillet 2024 sous le numéro 2406230 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Gilbert, greffier d'audience, M. B a lu son rapport et entendu :

- Me Mercenier, substituant Me Pierrot, représentant M. A, présent également à l'audience, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent, ni représenté ;

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant vietnamien est entré en France le 29 mars 2024 muni d'un visa de long séjour portant la mention " passeport talent - carte bleue européenne " délivré par les autorités consulaires françaises au Vietnam et valable jusqu'au 11 juin 2024. Le 4 avril 2024, il a déposé une demande de titre de séjour correspondant à son visa sur la plateforme ANEF. Par un message notifié le 2 juillet 2024, l'agent chargé de l'instruction de son dossier lui a indiqué que sa demande était clôturée et ne ferait pas l'objet d'une instruction en raison d'une rémunération annuelle inférieure à 53 836 euros. Par la présente requête en référé, M. A demande la suspension de l'exécution de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () "

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :

3. Aux termes de l'article L. 421-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont la renommée nationale ou internationale est établie ou susceptible de participer de façon significative et durable au développement économique, à l'aménagement du territoire ou au rayonnement de la France et qui vient y exercer une activité dans un domaine scientifique, littéraire, artistique, artisanal, intellectuel, éducatif ou sportif se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " talent " d'une durée maximale de quatre ans. Cette carte permet l'exercice de toute activité professionnelle ". Aux termes de l'article R. 421-11 du même code : " Lorsque l'étranger qui sollicite la délivrance de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent ", " passeport talent-carte bleue européenne ", " passeport talent-chercheur ", " passeport talent-chercheur-programme de mobilité " ou " passeport talent (famille) " prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11, L. 421-13 à L. 421-21, L. 421-22 et L. 421-23 réside hors de France, la décision de délivrance du titre de séjour sollicitée est prise par l'autorité diplomatique et consulaire. La carte de séjour est remise à l'étranger par le préfet du département où l'étranger a établi sa résidence en France ou, à Paris, par le préfet de police, sur présentation de son passeport revêtu d'un visa de long séjour portant la mention " passeport talent ". Dans l'attente de la délivrance du titre, le préfet délivre une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. Lorsque l'étranger qui sollicite la délivrance de la carte de séjour pluriannuelle mentionnée au premier alinéa est déjà admis au séjour sur le territoire français, la décision de délivrance est prise par le préfet de son lieu de résidence ou, à Paris, par le préfet de police ".

4. Il résulte de ces dispositions que, d'une part, c'est l'autorité diplomatique et consulaire qui est l'autorité compétente pour se prononcer sur une demande, présentée par un étranger qui réside hors de France, tendant à la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent ". D'autre part, lorsque l'étranger a obtenu de la part de l'autorité diplomatique et consulaire une décision favorable à sa demande de délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent " et s'est vu délivrer par cette autorité un visa de long séjour portant la même mention, le préfet du département où l'étranger a établi sa résidence en France est alors en situation de compétence liée pour lui remettre le titre de séjour portant cette même mention et, dans cette attente, lui délivrer une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois, le temps nécessaire à la production du titre de séjour par l'agence nationale des titres sécurisés.

5. Il résulte de l'instruction qu'à la date du dépôt de sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. A était titulaire d'un visa de long séjour de type D délivré par les autorités consulaires françaises au Vietnam sur le même fondement dès lors qu'il supporte la mention " PASS TALENT CBE PT2 VLS ". Dans ces conditions, l'instruction de la demande de titre de séjour du requérant ayant déjà été réalisée par les autorités consulaires françaises, il n'appartient pas à l'autorité préfectorale de la reprendre mais uniquement de lui remettre son titre de séjour dans un délai de six mois. M. A est ainsi fondé à soutenir que le moyen tiré de ce que la décision attaquée, en ce qu'elle lui refuse d'instruire sa demande et de lui délivrer la carte sollicitée au motif d'une insuffisance de rémunération, est entachée d'une erreur de droit est de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur sa légalité.

Sur l'urgence :

6. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.

7. En l'espèce, la décision contestée fait obstacle à la délivrance d'un titre de séjour pluriannuel attaché au visa de long séjour dont M. A était titulaire. La condition d'urgence, qui est donc présumée, doit en l'espèce être regardée comme remplie dès lors qu'en raison de l'expiration de son visa le 11 juin 2024, M. A ne peut plus justifier de la régularité de son séjour depuis cette date.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que, les deux conditions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunis, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision contestée, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.

9. La présente ordonnance, qui ordonne la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de l'Essonne a clôturé et refusé d'instruire la demande de M. A tendant à la délivrance d'une carte de séjour mention " passeport talent-carte bleue européenne ", implique nécessairement que le préfet de l'Essonne lui remette, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance, l'autorisation provisoire de séjour visée à l'article R. 421-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il réexamine la situation de l'intéressé dans un délai d'un mois. Il n'y a pas lieu, en l'état, d'assortir ces injonctions d'une mesure d'astreinte.

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 2 juillet 2024 par laquelle le préfet de l'Essonne a clôturé et refusé d'instruire la demande de M. A tendant à la délivrance d'une carte de séjour mention " passeport talent-carte bleue européenne " est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de remettre en mains propres à M. A, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance, l'autorisation provisoire de séjour visée à l'article R. 421-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et au préfet de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 5 août 2024.

Le juge des référés,

Signé

B. B

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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