vendredi 13 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2406286 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre - 4/11u |
| Avocat requérant | BA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 22 juillet, 30 août et 7 septembre 2024, M. C B, représenté par Me Ba, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 juillet 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a refusé de renouveler son attestation de demandeur d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- la décision portant refus de lui délivrer une attestation de renouvellement de demande d'asile méconnait les dispositions de " l'article L. 313-11 7° " du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant le renouvellement de l'attestation de sa demande d'asile ;
- elle méconnait les dispositions de " l'article L. 511-4 10° " du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
-la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnait les articles 3 et 4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 août 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
La présidente du tribunal a désigné Mme Marc, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 septembre 2024 qui s'est tenue en présence de M. Ileboudo, greffier :
- le rapport de Mme Marc,
- les observations de Me Ba, représentant M. B, présent, assisté par Mme E, interprète en langue peul qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;
- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant mauritanien né le 13 octobre 1991, est entré sur le territoire français le 8 janvier 2022, selon ses déclarations. Il a sollicité le 9 février 2022 la reconnaissance du statut de réfugié. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile par une décision du 24 mai 2022, décision qui a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 21 octobre 2022. L'OFPRA a également rejeté la demande de réexamen de M. B comme irrecevable par une décision en date du 31 janvier 2023, confirmée par la CNDA le 25 mai 2023. Enfin, l'OFPRA a rejeté la deuxième demande de réexamen du requérant comme irrecevable par une décision du 25 août 2023. Par un arrêté du 3 juillet 2024, la préfète de l'Essonne a refusé de lui renouveler son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les moyens communs à toutes les décisions :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-PREF-DCPPAT-BCA-143 du 2 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 076 du même jour de la préfecture de l'Essonne, M. A D, adjoint à la cheffe du bureau de l'asile, a reçu délégation de la préfète de ce département pour signer les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés contestés doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B, dont les éléments sur lesquels la préfète de l'Essonne s'est fondée pour refuser de lui renouveler son attestation de demande d'asile, l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixer le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui faire interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.
Sur la décision portant refus de renouvellement de son attestation de demande d'asile :
4. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions du " 7° de l'article L. 313-11 " du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprises à l'article L. 423-23 de ce code. La préfète de l'Essonne n'était dès lors pas tenu d'examiner d'office s'il était susceptible de remplir les conditions en vue de la délivrance d'un titre sur ce fondement, ce qu'il n'a d'ailleurs pas fait. Dans ces conditions, il ne peut utilement soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait ces dispositions. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.
5. En deuxième lieu, si M. B, dont la demande d'asile a été rejetée, ainsi que cela a été dit, tant par l'OFPRA à trois reprises, dont la dernière fois par une décision du 25 août 2023, que par la CNDA à deux reprises par des décisions des 21 octobre 2022 et 25 mai 2023, fait état devant le tribunal des risques qu'il encourrait en cas de retour en Mauritanie en tant que peul et appartenant à la caste des esclaves, notamment des risques de ségrégation raciale, il ne fait valoir aucun fait particulier et nouveau de nature à établir la réalité et la gravité de ces risques de persécutions, qui n'ont pas été antérieurement tenus pour établis par l'OFPRA et la CNDA. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.
6. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant le renouvellement de son attestation de demande d'asile est illégale.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 6, que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision de refus de renouvellement de son attestation de sa demande d'asile à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire national.
8. En deuxième lieu, si M. B se prévaut de la méconnaissance de l'article L. 511-4 10° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce dernier a été abrogé. En tout état de cause, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'état de santé de M. B nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, l'intéressé ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprenant depuis le 1er mai 2021 celles de l'ancien article L. 511-4 10° du même code.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
10. M. B soutient qu'il entretient des liens personnels et familiaux en France et justifie d'une insertion professionnelle depuis deux ans. Si l'intéressé produit un contrat de mission d'intérimaire du 1er juillet 2024 au 31 juillet 2024, un planning d'emploi pour le mois de septembre 2024 et un arrêt de travail du 15 mars 2024, il ne justifie pas de sa durée de travail au cours de la période dont il se prévaut. Ainsi, il ne justifie pas d'une insertion sociale ancienne et stable à la date de la décision attaquée. En outre, il ne produit aucune pièce démontrant la réalité des liens personnels et familiaux dont il se prévaut. Par ailleurs, M. B ne conteste pas être célibataire et sans charge de famille et ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la préfète de l'Essonne, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ces conséquences sur sa situation personnelle.
11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale.
Sur la décision fixant le pays de destination :
12. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.
13. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 4 de cette convention : " 1. Nul ne peut être tenu en esclavage ni en servitude. 2. Nul ne peut être astreint à accomplir un travail forcé ou obligatoire () ". Si M. B soutient qu'il sera exposé à des risques en cas de retour dans son pays d'origine, en raison des persécutions raciales dont il fait l'objet, il ne justifie ses craintes par aucun document probant à l'appui de sa requête, alors qu'il ressort des pièces du dossier que sa demande d'asile et sa demande de réexamen ont été rejetées par l'OFPRA puis par la CNDA. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 3 et 4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
Sur la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :
14. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ".
15. Dans la mesure où M. B n'établit ni même n'allègue avoir sollicité un délai de départ volontaire supérieur à trente jours en se prévalant de circonstances propres à sa situation, il n'est pas fondé à soutenir que le choix de fixer un délai de cette durée serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté de la préfète de l'Essonne du 3 juillet 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète de l'Essonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.
La magistrate désignée,
Signé
E. Marc Le greffier,
Signé
J. Ileboudo
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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