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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2406291

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2406291

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2406291
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11c

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles a rejeté la requête de M. F, un ressortissant moldave, qui contestait un arrêté préfectoral du 16 juillet 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence de l'auteur de l'acte, d'insuffisance de motivation et de violation des articles 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Il a jugé que la décision était suffisamment motivée et que la situation personnelle et familiale de l'intéressé, notamment sa présence récente en France et ses antécédents judiciaires, ne justifiait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juillet 2024, M. C F, représenté par Me Zekri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2024 par lequel la préfète de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office à l'expiration de ce délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui remettre dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente à défaut de production d'une délégation de signature régulière ;

- l'arrêté querellé est entaché d'insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues car sa cellule familiale réside en France ; l'arrêté est en outre entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant a été méconnu car il est père d'un enfant né de son union avec sa conjointe de nationalité ukrainienne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête de M. F.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 octobre 2024 qui s'est tenue en présence de M. Rion, greffier d'audience :

- le rapport de M. Fraisseix ;

- le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

- les observations de Me Zekri, représentant M. F, présent, qui conclut aux mêmes fins et aux mêmes moyens que la requête ;

- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. C F, né le 2 juin 1994, de nationalité moldave, déclare être en France depuis trois ans sans toutefois le justifier. Il a été interpellé le 26 mai 2024 par les services de police d'Etampes pour conduite sous l'empire d'un état alcoolique et conduite d'un véhicule sans permis de conduire. Il a en outre fait l'objet de trois signalements en 2022 et 2023. Par la présente requête, M. F demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2024 par lequel la préfète de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office à l'expiration de ce délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-PREF-DCPPAT-BCA-143 du 2 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour de la préfecture de l'Essonne, Mme E A, attachée d'administration, adjointe au chef du bureau de l'éloignement du territoire, a reçu délégation de la préfète de ce département pour signer toutes décisions relevant des attributions de son bureau, ce qui inclut l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté contesté. Par suite et dès lors qu'il n'est pas établi que la préfète ou les autres agents bénéficiant d'une telle délégation de signature n'auraient pas été absents ou empêchés, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent () A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. L'arrêté attaqué vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il expose des éléments suffisants sur la situation personnelle de M. F en relevant notamment qu'il est entré en France il y a trois ans selon ses déclarations et qu'il a été interpellé le 26 mai 2024 par les services de police d'Etampes pour conduite sous l'empire d'un état alcoolique et conduite d'un véhicule sans permis de conduire. Il mentionne que l'intéressé ne présente pas de garanties de représentation suffisantes et que s'il déclare être père de deux enfants, il ne justifie toutefois ni de leurs états civils, ni de leurs lieux de résidence, ni de sa participation à leur éducation et leur entretien. Ainsi, et alors même que ces motifs ne reprennent pas l'ensemble des éléments caractérisant la situation de M. F, une telle motivation satisfait, en tout état de cause, aux exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté. Pour les mêmes raisons, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux doit également être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

6. Si M. F fait état de son union avec Mme D B, ressortissante de nationalité ukrainienne, bénéficiant d'une autorisation provisoire de séjour valable du 24 juin 2024 au 23 décembre 2024, et de la naissance d'un enfant le 8 août 2023 issu de cette union, ainsi de la présence d'un demi-frère de cet enfant issu d'une précédente union de Mme B, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier une vie commune antérieure à 2023, pas davantage une participation du requérant à l'entretien et à l'éducation de son enfant et de l'enfant de sa concubine. Dans ces conditions, l'arrêté contesté n'a méconnu ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit être donc écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. Pour les motifs précédemment énoncés au point 6 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. F tendant à l'annulation de l'arrêté de la préfète de l'Essonne du 16 juillet 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction ainsi que celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C F et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 7 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

Mme Marc, première conseillère,

M. Fraisseix, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

P. Fraisseix

Le président,

signé

P. Ouardes

Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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