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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2406341

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2406341

mercredi 7 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2406341
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles, saisi en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a examiné la demande de suspension de la décision implicite de rejet du renouvellement du titre de séjour "vie privée et familiale" de M. A. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie, compte tenu de la précarité de la situation du requérant, notamment la menace sur son activité professionnelle et la prise en charge de ses enfants. Cependant, le tribunal a estimé que la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour par le préfet des Yvelines, intervenue en cours d'instance, avait fait perdre son objet à la requête en suspension. En conséquence, il a prononcé un non-lieu à statuer sur les conclusions principales et rejeté les demandes d'injonction et d'astreinte, ainsi que la demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 juillet 2024 et le 6 août 2024, M. B A, représenté par Me Tchaméni, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite par laquelle le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 200 euros par jour de retard, dans le délai de 30 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête conserve un objet ; la délivrance d'un récépissé valable trois mois ne satisfait pas sa demande principale tendant à la suspension d'un refus de titre de séjour ;

- il a déposé en décembre 2022 une demande tendant au renouvellement de son titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " expirant le 11 février 2023 ; en l'absence de réponse du préfet dans un délai de quatre mois, cette demande a fait l'objet d'un rejet implicite ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors que le refus de renouveler son titre le soumet à une précarité incontestable, mettant en péril la poursuite de son activité professionnelle et la prise en charge de l'éducation et de l'entretien de ses deux enfants ; les difficultés qu'il rencontre dans la délivrance de son titre de séjour entravent la mise à disposition d'une carte professionnelle conduisant à la cessation temporaire de son contrat de travail dans le domaine de la sécurité ; la délivrance récente d'un récépissé valable 3 mois ne met pas fin à cette situation de précarité ;

-il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée dès lors qu'elle n'est pas motivée et que le préfet n'a pas fait connaître les motifs de sa décision suite à sa demande de communication ; il n'a pas été convoqué devant la commission du titre de séjour, qui n'a pas été consultée et dont l'avis ne lui a pas été transmis ; elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de plein droit sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juillet 2024, le préfet des Yvelines conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir que le requérant est convoqué le 5 aout 2024 en préfecture en vue de se voir délivrer un récépissé et de compléter sa demande.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 24 juillet 2024 sous le numéro 2306340 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 7 août 2024 à 9h30 en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Tchaménie, en présence de M. A, qui persiste dans ses conclusions et insiste sur l'urgence de la situation, qui résulte nécessairement de l'ancienneté de sa demande de titre de séjour et de la précarité de sa situation induite par l'absence de délivrance de ce titre ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. Il résulte en l'espèce de l'instruction que M. A a bénéficié d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au 11 février 2023, dont il a sollicité le renouvellement au mois de décembre 2022, ainsi qu'en atteste les récépissés qui lui ont été délivrés. En application des dispositions des articles R. 432-1 et R.432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision implicite de rejet de sa demande est née à l'expiration du délai de quatre mois à compter du dépôt de sa demande, sans qu'y fasse obstacle la délivrance de récépissés postérieurement à la naissance de cette décision. Si le préfet des Yvelines fait valoir qu'il a convoqué M. A le 5 août 2024 et qu'à cette occasion un nouveau récépissé lui a été remis, cette circonstance n'a ni pour objet ni pour effet de retirer la décision implicite de rejet attaquée. Par suite, le litige tendant à la suspension de cette décision conserve un objet.

4. En revanche, si, pour justifier de l'urgence, M. A soutient que le refus de renouveler son titre le soumet à une précarité incontestable, mettant en péril la poursuite de son activité professionnelle et la prise en charge de l'éducation et de l'entretien de ses deux enfants, il s'en tient à des considérations très générales, sans apporter d'élément précis sur les effets de la décision litigieuse sur sa situation personnelle, en particulier professionnelle, à la date de la présente ordonnance. S'il fait valoir que les difficultés qu'il rencontre dans la délivrance de son titre de séjour entravent la mise à disposition d'une carte professionnelle conduisant à la cessation temporaire de son contrat de travail dans le domaine de la sécurité, il se borne à produire à ce titre un CDI daté du 21 juillet 2020 conclu avec une société de sécurité et des bulletins de paie associés dont le plus récent date de février 2021, soit bien antérieurement au dépôt de sa demande de renouvellement de titre. Il a d'ailleurs été indiqué au cours de l'audience que les difficultés dont il fait état concernant la carte professionnelle d'agent de sécurité sont apparues en 2021, concomitamment au rejet de sa demande de naturalisation. L'intéressé ne produit aucun élément relatif à une situation professionnelle récente, ni a fortiori d'élément de nature à démontrer que le maintien sous récépissé en lieu et place de la délivrance du titre sollicité préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation. Dans ces conditions, si M. A bénéficie en principe de la présomption d'urgence s'attachant aux situations de renouvellement de titre de séjour, dès lors que le préfet des Yvelines lui a délivré un nouveau récépissé de demande de titre de séjour permettant de justifier de la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler, valable jusqu'au 4 novembre 2024, la condition d'urgence, telle qu'elle est exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie à la date de la présente ordonnance, malgré l'ancienneté de sa demande de titre de séjour.

5. Dès lors, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, les conclusions de M. A présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A et au préfet des Yvelines.

Fait à Versailles, le 7 août 2024.

Le juge des référés,

Signé

B. C

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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