mardi 13 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2406454 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Boulegue, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 8 juillet 2024 par laquelle le préfet de l'Essonne a classé sans suite sa demande de rendez-vous en vue du dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne d'enregistrer sa demande de titre de séjour, ou à défaut de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et ce, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou, s'il n'était pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de lui verser directement cette somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est présumée remplie en cas de refus de renouvellement d'un titre de séjour ; la décision en litige le place en situation irrégulière et l'empêche de renouveler sa couverture maladie, de poursuivre son activité professionnelle et de percevoir les allocations familiales ;
- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige tirés de ce que :
. elle est entachée d'un défaut de motivation révélant un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
. elle est entachée d'une erreur de fait.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 août 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que le requérant aurait pu solliciter les services de la préfecture pour un changement de statut.
Vu la requête enregistrée le 19 juillet 2024 sous le n° 2406262 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision en litige.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative ;
La présidente du tribunal a désigné M. Féral, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 8 août 2024 à 14 heures 00.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience :
- le rapport de M. Féral, juge des référés ;
- les observations orales de Me Boixière, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens qu'elle développe ;
- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien né le 29 mars 1991, est entré en France en 2018 muni d'un visa portant la mention " étudiant ". Le 24 juillet 2023, il s'est vu délivrer un titre de séjour portant la mention " entrepreneur / profession libérale " valable jusqu'au 23 juillet 2024. Le 2 avril 2024, il a sollicité un changement de statut vers un titre " vie privée et familiale " à l'occasion de sa demande de renouvellement de son titre de séjour sur le site demarches-simplifiees.fr, demande qui a été classée sans suite au motif qu'elle n'avait pas été présentée via le bon lien internet. L'intéressé a alors souhaité présenter sa demande via le lien internet qui lui avait été transmis par les services de la préfecture. Cependant, le lien transmis ne permettant pas de présenter la demande de changement de statut souhaité, il a présenté une nouvelle demande, le 24 juin 2024, sur le premier lien internet qui a de nouveau été classée sans suite le 1er juillet 2024. L'intéressé a alors présenté une troisième demande le 5 juillet, classée sans suite le 8 juillet suivant au motif " veuillez faire votre demande de renouvellement en professionnelle ". Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision du 8 juillet 2024 par laquelle la préfète de l'Essonne a classé sans suite sa demande de renouvellement de titre de séjour.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. M. A n'a pas présenté de demande d'aide juridictionnelle et ne se prévaut au demeurant d'aucune urgence à même de justifier que lui soit accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Sa demande doit, dès lors, être rejetée.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décisio6. D'une part, il résulte de l'instruction que M. A était titulaire d'une carte de séjour mention " entrepreneur / profession libérale " valable du 24 juillet 2023 au 23 juillet 2024 et qu'il en a demandé le renouvellement dès le 2 avril 2024, bien avant son expiration. La condition d'urgence est ainsi présumée. La préfète de l'Essonne ne fait état d'aucune circonstance particulière de nature à y faire échec. D'autre part, et en tout état de cause, la décision contestée fait obstacle à l'instruction de la demande de carte de séjour présentée par le requérant et interrompt la régularité de son séjour en France. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux
7. En l'état de l'instruction, alors que l'intéressé a demandé un changement de statut afin d'obtenir désormais un titre portant la mention " vie privée et familiale " et que la décision en litige lui demande d'effectuer une demande de renouvellement " en professionnelle ", le moyen tiré de ce que la décision est entachée d'une erreur de fait est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de cette décision.
8. Il résulte de ce qui précède, que les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision par laquelle la préfète de l'Essonne a classé sans suite sa demande de renouvellement de titre de séjour.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ". Aux termes de l'article L. 911-1 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de délivrer au requérant un rendez-vous pour enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui remettre, pour autant que le dossier soit complet, un récépissé, dans un délai de 15 jours à compter de l'ordonnance à intervenir. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
12. M. A n'étant pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, il ne peut donc prétendre au versement d'une quelconque somme d'argent sur le fondement combiné des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des seules dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros qu'il versera à M. A, au titre des frais non compris dans les dépens que ce dernier a exposés.
ORDONNE :
Article 1er : M. A n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'exécution des décisions du 8 juillet 2024 par laquelle le préfet de l'Essonne a classé sans suite la demande de renouvellement de titre de séjour de M. A est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de convoquer M. A dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance afin d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer, si le dossier présenté est complet, le récépissé correspondant.
Article 4 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à la préfète de l'Essonne.
Fait à Versailles, le 13 août 2024.
Le juge des référés,
Signé
R. Féral
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir l'exécution de la présente décision.
n° 2406454
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