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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2406590

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2406590

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2406590
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Cette décision du Tribunal Administratif de Versailles, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, concerne une demande d'injonction formulée par une ressortissante vénézuélienne, Mme A de D, afin de pouvoir déposer sa demande de titre de séjour en tant qu'ascendante à charge d'un citoyen européen. La requérante justifiait de l'urgence et de l'utilité de la mesure en raison d'un dysfonctionnement persistant de la plateforme de l'ANEF, l'empêchant d'enregistrer sa demande et la maintenant en situation irrégulière. Le tribunal rappelle que, lorsqu'un étranger établit ne pas avoir pu obtenir de rendez-vous malgré plusieurs tentatives, le juge des référés peut enjoindre au préfet de lui communiquer une date de rendez-vous, sous réserve d'apprécier l'urgence au regard de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur sa situation. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur le code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 juillet 2024, Mme B de F A de D, représentée par Me Pommelet, demande au juge des référés :

1°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui permettre de déposer sa demande de titre de séjour en tant que membre de famille d'un citoyen de l'Union Européenne et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, dans le délai de 30 jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

- elle est entrée en France en 2018 avec son époux, M. C D, pour s'installer auprès de sa fille et son gendre, tous deux ressortissants européens ;

- elle a engagé des démarches depuis juin 2024 auprès de la préfecture de l'Essonne afin de régulariser sa situation sur le territoire et de demander la délivrance d'un titre de séjour en sa qualité d'ascendante à charge d'un citoyen européen ou son conjoint ; toutefois lors du dépôt de sa demande sur le site de l'ANEF, un message d'erreur s'est affiché systématiquement empêchant l'enregistrement de sa demande de titre de séjour ; les services de la préfecture ont été saisis d'une requête afin de résoudre la situation de blocage ; en dépit de plusieurs relances, cette situation n'a toujours pas été rétablie ;

- l'urgence tient à l'impossibilité de faire enregistrer sa demande de titre de séjour en raison du dysfonctionnement du service public, ce qui a pour effet de la maintenir en situation irrégulière sur le territoire français, alors même qu'elle remplit toutes les conditions prévues par la loi pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit ;

- la mesure est utile dès lors qu'elle constitue l'unique moyen d'obtenir un rendez-vous afin d'enregistrer en préfecture sa demande de titre de séjour à la suite du dysfonctionnement informatique du site de l'ANEF ;

- la mesure demandée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne, qui n'a pas présenté d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Rollet-Perraud, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A de D, ressortissante vénézuélienne, née en 1965, déclare résider en France avec son époux, de façon continue, depuis 2018 auprès de sa fille de nationalité française et son gendre de nationalité espagnole. Elle expose avoir vainement tenté depuis juin 2024, d'enregistrer par l'intermédiaire de la plateforme de l'administration des étrangers en France (ANEF) sa demande de titre de séjour mention vie privée et familiale en sa qualité d'ascendante à charge d'un citoyen européen et s'être heurtée à des dysfonctionnements de cette plateforme empêchant tout dépôt de sa demande. Elle fait valoir avoir adressé aux services de l'ANEF et de la préfecture des courriels de relance afin de résoudre la situation de blocage pour le dépôt de sa demande. Elle demande en conséquence au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui permettre de déposer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

4. Lorsque le rendez-vous ne peut être obtenu qu'en se connectant au site internet de la préfecture, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

5. En l'espèce, Mme A de D établit avoir tenté depuis juin 2024 sans succès, en dépit de plusieurs relances par courriel aux services de la préfecture de l'Essonne entre juin et juillet 2024, de déposer sa demande de titre de séjour en qualité de membre de famille d'un citoyen européen par le biais de la plateforme de téléservice de l'ANEF, le message suivant apparaissant systématiquement sur cette plateforme à chacune de ses tentatives de dépôt : " une erreur empêche l'enregistrement des informations saisies. Veuillez vérifier votre saisie et réessayer ultérieurement ". L'intéressée établit ainsi l'impossibilité dans laquelle elle se trouve de déposer sa demande de titre de séjour depuis plusieurs semaines. Toutefois, la requérante présente en France depuis 2018 selon ses déclarations, sans avoir accompli de démarches pour régulariser sa situation avant juin 2024, n'invoque aucune situation d'urgence particulière. Ainsi en l'absence d'urgence justifiée, la demande présentée par Mme A de D ne peut qu'être rejetée.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A de D doit être rejetée, en toutes ses conclusions, y compris, par voie de conséquence, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A de D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B de F A de D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 18 septembre 2024.

La juge des référés,

signé

C. Rollet-Perraud

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2406590

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