vendredi 16 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2406598 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Steck, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution :
- des décisions contenues dans l'arrêté n° S3OP 24 780 086 du 16 juillet 2024 par lesquelles le préfet des Yvelines a retiré la carte de séjour pluriannuelle de M. B, lui a fait obligation de restituer son titre, a prononcé une interdiction de retour d'un an et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
- de l'arrêté n° S3OP 24 780 090 du 16 juillet 2024 par lequel le préfet des Yvelines a abrogé la décision favorable qu'il avait émise le 5 juin 2024 sur la demande d'introduction en France de son épouse ;
2°) mettre à la charge de l'État, une somme de 1 000 euros au titre de l'article L.761-1 du Code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'urgence est présumée s'agissant d'un retrait de titre de séjour ; de plus, il ne peut pas poursuivre l'exécution de son contrat de travail, ce qui compromet le fonctionnement de la société dont il est directeur et ce qui le prive de toute ressource financière.
- les moyens suivants sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision de retrait de titre de séjour : l'arrêté a été pris en violation des droits de la défense puisque le délai laissé à M. B pour présenter des observations sur la mesure envisagée n'a été que de sept jours ; les dispositions de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues dès lors que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public ; l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison de l'atteinte excessive portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- le moyen tiré de l'exception d'illégalité du retrait de titre de séjour est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision abrogeant la décision favorable à la demande d'introduction de l'épouse du requérant en France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 août 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 30 juillet 2024 sous le numéro 2406574 par laquelle M. B demande l'annulation des décisions attaquées.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 12 août 2024 à 14h30, tenue en présence de Mme Gilbert, greffier d'audience, Mme Grand d'Esnon a lu son rapport et entendu Me Steck pour le requérant qui conclut aux mêmes fins et précise que M. B n'a jamais fraudé pour faire entrer des produits en Chine, le dédouanement dans la zone spéciale de Hong Kong étant une procédure normale et qu'il n'a commis qu'une seule erreur en commercialisant un produit interdit lequel était par ailleurs largement commercialisé à l'époque jusqu'à son interdiction.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience à 15h02 le 12 août 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
2 L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée globalement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
3. La condition d'urgence est présumée satisfaite en cas de retrait d'un titre de séjour ce qui est le cas en l'espèce en ce qui concerne la première décision attaquée. Il en résulte que l'urgence est également établie pour les décisions de restitution du titre et pour l'interdiction de retour. En revanche aucune circonstance particulière n'est établie ni même alléguée s'agissant de la nécessité de suspendre la seconde décision attaquée. Enfin, l'information sur le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ne revêtant aucun caractère décisoire, aucune urgence à suspendre une telle information ne saurait exister.
4. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à susciter un doute sérieux sur la légalité de la décision de retrait de titre de séjour et par voie de conséquence sur celles des décisions de restitution du titre de séjour et d'interdiction de retour.
5. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a seulement lieu de faire droit à la demande de suspension de la décision du 16 juillet 2024 par lesquelles le préfet des Yvelines a retiré la carte de séjour pluriannuelle de M. B et par suite, des autres décisions contenues dans cet arrêté de celles lui faisant obligation de restituer son titre, et prononçant une interdiction de retour d'un an à son encontre. Dans les circonstances de l'espèce il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le paiement à M. B d'une somme de 1 000 euros.
O R D O N N E:
Article 1er : L'exécution des décisions contenues dans l'arrêté n° S3OP 24 780 086 du 16 juillet 2024 retirant à M. B son titre de séjour, lui ordonnant de le restituer et prononçant une interdiction de retour d'une durée d'un an à son encontre est suspendue.
Article 2 : L'Etat versera à M. A B une somme de 1000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au préfet des Yvelines.
Fait à Versailles, le 16 août 2024.
La juge des référés,
Signé
J. Grand d'Esnon
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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