lundi 9 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2406619 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre - 4/11u |
| Avocat requérant | SELARL CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 22 juillet 2024, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Versailles la requête présentée par M. A B.
Par cette requête, enregistrée le 9 juin 2024, M. A B, représenté par Me Leszek, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 7 juin 2024 par lesquelles le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen qui assortit la décision d'interdiction de retour sur le territoire français ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que son droit à être entendu et le principe du contradictoire n'ont pas été respectés ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise sans un examen complet et personnalisé de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français est entachée d'un vice de procédure dès lors que son droit à être entendu et le principe du contradictoire n'ont pas été respectés ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ou à tout le moins d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2024, le préfet de police de Paris, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Ouardes, président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 septembre 2024 :
- le rapport de M. Ouardes, qui a informé les parties, en application des articles R. 611-7 et R. 776-25 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français du 7 juin 2024, dès lors que cette décision est inexistante ;
- les observations de Me Bellet représentant M. B, non présent, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et soutient que M. B est père d'un enfant âgé de deux ans et que sa compagne est enceinte ;
- le préfet de police de Paris n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain né le 25 novembre 1999, demande au tribunal d'annuler les décisions du 7 juin 2024 par lesquelles le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français du 7 juin 2024 :
2. Il ressort des pièces du dossier que par une décision du 7 juin 2024, le préfet de police de Paris a, sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prolongé de deux années l'interdiction de retour sur le territoire français antérieurement prononcée à l'encontre de M. B, l'intéressé ayant fait l'objet, le 3 janvier 2024, d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, sans délai, assortie d'une première interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'une année, prononcée à son encontre par le préfet de la Seine-Saint-Denis. Dans ces conditions, et quand bien même un justificatif de l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français joint à l'arrêté du préfet de police de Paris portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français, mentionne l'existence d'une mesure d'éloignement prise le 7 juin 2024, aucune obligation de quitter le territoire français n'a été prononcée à l'encontre de M. B le 7 juin 2024. Par suite, les conclusions à fin d'annulation d'une telle décision, inexistante, ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français du 7 juin 2024 :
3. Aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : 1o L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; () ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
4. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne qu'elle ne porte pas une atteinte disproportionnée au respect de la vie privée et familiale de M. B, dès lors que ce dernier soutient être marié et avoir un enfant sans en apporter la preuve. Elle fait également état de ce que M. B s'est soustrait à l'exécution d'une mesure d'éloignement prononcée à son encontre, le 3 janvier 2024, par le préfet de la Seine-Saint-Denis. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal établi le 6 juin 2024, signé par M. B, qu'il a été auditionné par les services de police, et qu'il a ainsi pu faire valoir ses observations sur sa situation à l'administration avant l'adoption et la notification de l'arrêté contesté. Par suite, les moyens tirés d'un vice de procédure et de la méconnaissance du principe du contradictoire doivent être écartés.
6. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
7. Si M. B se prévaut de la présence de sa compagne, de nationalité française, et de leur enfant né en France le 17 décembre 2022, et produit à cet effet un acte de naissance, il ne démontre ni la réalité et l'intensité des liens qu'il entretient avec la mère de son enfant, ni qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de cet enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il avait fait l'objet le 3 janvier 2024, d'une obligation de quitter le territoire français, sans délai, prononcée à son encontre par le préfet de la Seine-Saint-Denis, ce qui n'est pas contesté par l'intéressé. Dans ces conditions et alors que par ailleurs M. B ne peut se prévaloir de l'existence de circonstances humanitaires, le préfet de police de Paris, a pu, sans commettre d'erreur de droit, ni d'erreur d'appréciation, prolonger son interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux années.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation des décisions du préfet de police de Paris du 7 juin 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles tendant à ce que soit mise à la charge de l'Etat les entiers dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
P. Ouardes La greffière,
signé
E. Amegee
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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