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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2406705

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2406705

lundi 5 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2406705
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de refus de renouvellement de titre de séjour de M. B, ressortissant kosovare. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car le requérant n'a pas justifié de l'incidence immédiate du refus sur sa situation concrète, notamment en ne démontrant pas avoir présenté sa demande de renouvellement dans les délais prévus par les articles R. 431-5 et R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, la requête a été rejetée comme manifestement mal fondée, sans qu'il soit nécessaire d'examiner les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 423-21 et L. 423-23 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er août 2024, M. A B, représenté par Me Peketi, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le sous-préfet de Palaiseau a refusé de renouveler sa carte de séjour ;

2°) d'enjoindre au sous-préfet de Palaiseau de lui délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale " ou un récépissé de demande de carte de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée dès lors que :

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il continue à remplir les conditions posées par ces dispositions, à savoir résider en France avec ses parents depuis qu'il a moins de 13 ans ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2406704 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Chong-Thierry, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B ressortissant kosovare né le 18 février 2002, est entré en France le 3 juillet 2009. Il a bénéficié d'un document de circulation pour étranger mineur valable du 24 décembre 2014 au 23 décembre 2019 et d'une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " valable du 24 septembre 2020 au 23 septembre 2021. Il a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour et a bénéficié de deux récépissés de demande de carte de séjour, valables du 29 octobre 2021 au 29 janvier 2022 et du 2 mai 2023 au 1er août 2023. Par la présente requête, M. B demande, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le sous-préfet de Palaiseau a refusé de renouveler son titre de séjour.

2. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait de titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire () ".

5. Enfin, aux termes de l'article R.* 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 432-2 de ce code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ". Aux termes de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ". Aux termes de l'article R. 431-13 de ce même code : " La durée de validité du récépissé mentionné à l'article R. 431-12 ne peut être inférieure à un mois. Il peut être renouvelé ".

Si la condition d'urgence est présumée remplie en cas de refus de renouvellement d'un titre de séjour, il résulte toutefois de l'instruction que M. B n'a demandé le renouvellement de sa carte de séjour temporaire, qui expirait le 23 septembre 2021, que le 29 octobre 2021. Il ne peut par suite bénéficier d'une présomption d'urgence. En outre, en application des dispositions citées au point 5, une décision implicite de rejet de la demande de renouvellement du titre de séjour de M. B est née du silence gardé par l'administration pendant un délai de quatre mois. Si ce dernier a bénéficié de deux récépissés de demande de renouvellement de titres de séjour, dont la validité a expiré le 1er août 2023, il ne justifie pas avoir vainement tenté d'en obtenir le renouvellement alors que, par une décision du 9 octobre 2023, la nouvelle demande de titre de séjour qu'il a déposée le 31 juillet 2023 a été classée sans suite en raison de l'instruction toujours en cours de son dossier. Ainsi, en l'absence de diligence à effectuer les démarches nécessaires auprès de la préfecture et à saisir le tribunal, il n'établit pas que les effets de la décision qu'il conteste porteraient une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation de nature à caractériser une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, son exécution soit suspendue.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant au doute sérieux est remplie, que les conclusions à fin de suspension présentées par M. B doivent être rejetées selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Fait à Versailles, le 5 août 2024.

La juge des référés,

Signé

C. Chong-Thierry

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2406705

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