mercredi 7 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2406713 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 août 2024, M.B A C, représenté par Me Saoudi, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il se trouve dans l'impossibilité de travailler en l'absence de titre de séjour en cours de validité et ne peut donc plus percevoir de revenus depuis le 1er juillet 2024 alors qu'il est marié et père de trois enfants; il se trouve ainsi placé dans une situation d'extrême précarité administrative ;
- l'absence de délivrance d'un récépissé porte atteinte à sa liberté d'aller et venir ;
- le refus de délivrance d'un récépissé par la préfète de l'Essonne méconnaît les dispositions des articles R. 431-12 et R. 431-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a déposé un dossier complet et porte une atteinte particulièrement grave à sa situation.
La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne qui n'a pas présenté d'observations avant l'audience.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
La présidente du tribunal a désigné M. Féral, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 5 août 2024 à 14 heures 00.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience :
- le rapport de M. Féral, juge des référés ;
- les observations orales de Me Saoudi, représentant M. A C qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens qu'elle précise et précise qu'il ne peut plus exercer son activité professionnelle depuis le 1er juillet 2024 et que la circonstance de ne pas lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour valable le temps de l'instruction de son dossier, porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au travail et à sa liberté d'aller et de venir ;
- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
La préfète de l'Essonne a produit une note en délibérée enregistrée le 5 août 2024 à 14h09.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant tunisien né le 20 mai 1985, était titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 30 juin 2024. Le 23 avril 2024, l'intéressé en a sollicité le renouvellement sur le site demarches-simplifiees.fr. Le 1er juillet 2024 une demande de pièces complémentaires lui a été faite, à laquelle il a immédiatement répondu. Par la présente requête, M. A C demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. Lorsque la requête est fondée sur la procédure de protection particulière du référé liberté instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il appartient au requérant de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cet article soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
4. Il résulte de l'instruction que M. A C travaille en tant que chauffeur VTC et bénéficie d'une carte professionnelle valable jusqu'en août 2026. L'intéressé produit une copie d'écran d'une plateforme de mise en contact d'utilisateurs et de voitures de transport avec chauffeur indiquant que son titre de séjour a expiré et demandant de mettre à jour sa situation. Il fait valoir, sans que cela ne soit contesté par la préfète de l'Essonne, que sans cette mise à jour il ne peut plus continuer à exercer son activité professionnelle et que depuis le 1er juillet 2024 il ne perçoit plus aucun revenu et ne peut donc subvenir aux besoins de sa famille. Dans ces conditions, eu égard à la situation de précarité dans laquelle se trouve l'intéressé, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'atteinte à une liberté fondamentale :
5. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. () " Aux termes de l'article R. 431-13 de ce code : " La durée de validité du récépissé mentionné à l'article R. 431-12 ne peut être inférieure à un mois. Il peut être renouvelé. " Aux termes de l'article R. 431-15 du même code : " Le récépissé de demande de renouvellement d'une carte de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle autorise son titulaire à exercer une activité professionnelle ".
6. Ainsi qu'il a été dit au point 1, M. A C a déposé, le 23 avril 2024, une demande de renouvellement de sa carte de résident qui l'autorisait à travailler. La préfète de l'Essonne ne conteste pas que le dossier de l'intéressé soit complet à la suite de la réponse de ce dernier à la demande de pièces complémentaires en date du 1er juillet 2024. Ainsi, en refusant de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de son titre de séjour l'autorisant à travailler, conformément aux dispositions citées au point précédent, le comportement de la préfète de l'Essonne a pour effet de placer le requérant en situation irrégulière sur le territoire français et de l'empêcher de poursuivre son activité professionnelle qui lui permet d'assurer sa subsistance et celle de sa famille. Ainsi, en refusant de remettre à l'intéressé un récépissé l'autorisant à travailler, la préfète de l'Essonne porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit au travail ainsi qu'à la liberté d'aller et venir de celui-ci.
7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de délivrer à M. A C un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros à verser à M. A C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de délivrer à M. A C un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de deux jours à compter de la notification de la présente ordonnance sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Article 2 : L'Etat versera à M. A C une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et à la préfète de l'Essonne.
Fait à Versailles, le 7 août 2024.
Le juge des référés,
Signé
R. Féral
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir l'exécution de la présente décision.
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