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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2406730

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2406730

mardi 27 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2406730
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCLERC

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'exécution de la délibération du jury de CentraleSupélec ajournant M. C et de la décision rejetant son recours gracieux. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, l'intéressé n'établissant pas que la décision litigieuse préjudiciait de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation, notamment en l'absence de précisions sur son contrat et ses perspectives professionnelles. Il a également considéré qu'aucun des moyens soulevés, tirés de l'irrégularité de la composition du jury et du non-respect des modalités d'examen, n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées. La requête a donc été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 août 2024, M. B C, représenté par Me Clerc, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la délibération du jury de l'école CentraleSupélec du 4 mars 2024 ajournant M. C et la décision du 21 mai 2024 rejetant le recours gracieux de M. C introduit le 6 mars 2024 ;

2°) d'enjoindre à l'école CentraleSupélec de procéder à une nouvelle convocation du jury, autrement et régulièrement composé, pour statuer sur sa candidature ;

3°) de mettre à la charge de l'école la somme de 3600 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-la requête est recevable car la décision de rejet du recours gracieux ne comporte pas de mention des délais et vois de recours ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est privé de la possibilité d'achever son cursus dans un délai raisonnable et ne peut se prévaloir d'aucun diplôme ; il ne peut s'inscrire à un nouveau diplôme et l'urgence de la rentrée scolaire de septembre 2024 n'est pas compatible avec sa situation ;

- la condition du doute sérieux quant à la légalité de la décision est remplie ; la délibération du jury et le recours gracieux sont irréguliers, faute d'élément sur la signature du procès-verbal du jury et sa composition ; les modalités d'examen n'ont pas été respectées car l'article 7.8 du règlement à propos de la validation des années d'étude lui permet de valider la 3ème année avant le 31 décembre de l'année N+2 et il a été exclu à tort ;

Par un mémoire en défense enregistré le 22 août 2024, l'établissement public CentraleSupélec, représenté par Me Paloux, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3000 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les conditions de l'urgence et celle du doute sérieux quant à la légalité de la décision ne sont pas remplies.

Vu les pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Mauny, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 23 août 2024 à 11h00, en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience, M. Mauny a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Forand qui substitut Maître Clerc, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et soutient en outre que M. C, qui était un élève brillant, n'était pas démissionnaire et a dû repasser une épreuve délicate ; qu'il a dû décliner le rattrapage organisé en décembre 2023 en raison de son stage et ne s'est pas présenté à celui organisé en février 2024 faute de consultation de sa boîte mail ; qu'il s'attendait à être reconvoqué en bénéficiant du statut de redoublant ; ses moyens de légalité externe sont recevables ; que l'université se contente d'une auto-attestation pour justifier de l'affichage de la composition du jury ; que c'est bien la décision du 29 février 2024 qui est attaquée et en tout état de cause la décision qui fait grief ; qu'il n'a pas d'information sur le contrat de M. C et que cette situation ne peut qu'avoir des conséquences sur sa situation professionnelle ;

-les observations de Me Paloux, représentant l'école CentraleSupélec, qui fait valoir que la décision attaquée n'est pas précisément identifiée, la délibération du jury étant du 29 février 2024 et la décision du directeur des études du 4 mars 2024 ; que la décision du jury de diplomation du 13 mai 2024 n'est pas contestée ; que les moyens de légalité externe, qui n'étaient pas soulevés dans le recours gracieux, sont irrecevables ; que la régularité de la procédure est justifiée ; que M. C s'est vu proposer non pas deux mais quatre rattrapages, dont trois en 2023, et que l'école a été bienveillante ; que son exclusion était justifiée par l'application combinée des articles 4.10 et 7.8 du règlement qui n'imposent pas le redoublement ; que si la délibération du 29 février 2024 n'a pas décidé son exclusion, les conclusions contre cette délibération sont irrecevables.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, à 11h57.

Une note en délibéré a été produite le 26 août 2024 pour l'école CentraleSupélec, qui n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, qui était élève à l'école CentraleSupélec depuis 2019 a reçu par courriel le 4 mars 2024 une décision de M. Dumur, président du jury de diplomation et directeur des études, l'informant que le jury qui s'était réuni le 29 février 2024 avait considéré qu'il ne remplissait pas les conditions pour se voir attribuer le diplôme d'ingénieur Supélec à l'issue de sa troisième année et qu'il avait décidé son exclusion. Après un recours gracieux de M. C du 6 mars 2024, M. Dumur a informé M. C par courriel du 21 mai 2024 que le jury avait confirmé sa précédente décision lors de la séance du 13 mai 2024. Par la présente requête, M. C demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la délibération du jury dont il a été informé par le courriel du 4 mars 2024 ainsi que la décision du 21 mai 2024 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes, d'une part, du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Il lui appartient également, l'urgence s'appréciant objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, de faire apparaître dans sa décision tous les éléments qui, eu égard notamment à l'argumentation des parties, l'ont conduit à considérer que la suspension demandée revêtait un caractère d'urgence.

3. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution des décisions litigieuses, M. C se prévaut de l'impossibilité d'achever son cursus dans un délai raisonnable et de s'inscrire à une nouvelle formation diplômante avant la rentrée scolaire de septembre 2024. Il résulte toutefois de l'instruction qu'il a été informé de l'exclusion de l'école et de l'interruption de sa scolarité le 4 mars 2024. S'il a effectué un recours gracieux, dont il a été informé du rejet le 21 mai 2024, il ne justifie pas qu'il n'était pas en mesure, au plus tard à la fin du premier semestre 2024 au regard des informations dont il disposait, de rechercher une autre formation diplômante dans des délais utiles. En outre, il ressort du recours gracieux adressé par M. C à l'école CentraleSupélec le 6 mars 2024 qu'il a été embauché à l'occasion de son stage d'études et d'un courriel qu'il a adressé à Mme A le 1er mars 2024 qu'il bénéficie d'un contrat à durée indéterminée à temps plein. Il ne résulte pas de l'instruction que ce contrat aurait été conditionné à l'obtention de son diplôme d'ingénieur ou qu'il aurait été interrompu. M. C ne démontre pas en outre que la non obtention de son diplôme pourrait avoir des conséquences, à brève échéance, sur son activité professionnelle. Au regard de ces éléments, M. C n'établit pas que la décision en litige préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation et la condition d'urgence ne peut dès lors être regardée comme remplie. Il y a donc lieu de rejeter ses conclusions à fin de suspension et d'injonction présentées sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'école CentraleSupélec, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C la somme que l'école CentraleSupélec demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de l'école CentraleSupélec présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et à l'école CentraleSupélec.

Fait à Versailles, le 27 août 2024.

Le juge des référés,

signé

O. Mauny

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2406730

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