lundi 23 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2406742 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | SELARL CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 mai 2024 au tribunal administratif de Paris, puis transmise et enregistrée au greffe du tribunal administratif de Versailles le 26 juillet 2024, et par un mémoire complémentaire enregistré le 11 septembre 2024, M. E B demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2024 par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
2°) d'annuler, par voie d'exception, l'arrêté en date du 9 novembre 2021 lui faisant obligation de quitter le territoire français ;
3°) d'enjoindre au préfet compétent, à titre principal de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, à titre subsidiaire, dans le même délai, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence, de défaut de motivation, de défaut d'examen particulier de sa situation, de violation du droit d'être entendu ;
- le préfet a entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation, car il est marié et père d'une enfant dont il s'occupe ;
- il est fondé à invoquer, par voie d'exception, l'illégalité de l'arrêté en date du 9 novembre 2021 prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français ;
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 septembre 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme F pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 12 septembre 2024, en présence de M. Rion, greffier :
- le rapport de Mme F,
- les observations de Me Troalen, représentant les intérêts de M. B, présent, assisté de M. A, interprète en langue arabe, qui s'en rapporte à son mémoire de production, invoque les mêmes moyens que ceux dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français et fait valoir que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français n'a pas été précédée d'un examen personnel de sa situation,
- le préfet de police n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. E B, ressortissant marocain né le 7 mars 1986 à Oujda (Maroc), demande l'annulation de l'arrêté par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Pour prononcer à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois, le préfet de police s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé se déclare marié, père d'un enfant à charge sans le justifier. Toutefois, M. B établit être marié depuis le 3 avril 2021 avec Mme C D, dont il a eu une enfant née le 28 juin 2023. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation avant de prononcer l'arrêté contesté et à en demander, pour ce motif, l'annulation, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.
3. M. B, dont le recours dirigé contre l'arrêté du préfet des Yvelines en date du 9 novembre 2021 prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Versailles en date du 26 septembre 2022 devenu définitif, n'est ni recevable à en demander l'annulation, ni à en invoquer, par voie d'exception, l'illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
4. L'annulation de l'arrêté du préfet de police prononçant à l'encontre de M. B une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français n'implique pas que l'autorité administrative réexamine la situation de l'intéressé ou qu'elle lui délivre une autorisation provisoire de séjour. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction de la requête doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
5. Les conclusions tendant à la mise à la charge de l'Etat d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées, M. B ayant bénéficié du concours d'un avocat commis d'office.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de police en date du 6 mai 2024 prononçant à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois est annulé.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.
La magistrate désignée,
signé
Ch. F Le greffier,
signé
T. Rion
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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