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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2406757

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2406757

mardi 6 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2406757
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. B, ressortissant marocain, qui demandait la délivrance sous astreinte d'une attestation de prolongation d'instruction de son titre de séjour. Le juge a estimé que si la suspension de son contrat de travail et sa situation familiale caractérisaient une situation d'urgence, celle-ci n'était pas d'une particulière gravité justifiant une intervention dans le délai de 48 heures prévu par cette procédure d'exception. En conséquence, la demande a été rejetée comme manifestement mal fondée, sans audience, en application de l'article L. 522-3 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 août 2024, M. C B, représenté par Me Koszczanski, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L 521-2 du code de justice administrative, à la préfecture de l'Essonne de transmettre par tout moyen, dans un délai de 24 heures et en tout état de cause avant le 7 août 2024, une attestation de prolongation de l'instruction de son titre de séjour, ou un récépissé de renouvellement de titre de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que son titre de séjour a expiré le 27 juillet 2024 et que son employeur, la société CAPOCCI a indiqué suspendre son contrat de travail à compter de cette date, à défaut de présentation d'un titre de séjour valable ;

- le refus de lui délivrer une autorisation de prolongation de sa demande de titre de séjour porte une atteinte grave et immédiate à sa liberté d'aller et venir, sa liberté professionnelle et son droit au travail et à son droit de mener une vie familiale normale.

- si, à l'occasion d'un précédent contentieux, la préfecture de l'Essonne lui a opposé l'existence d'une décision portant obligation de quitter le territoire français prise le 10 juin 2024 par le préfet des Hauts-de-Seine, cette décision, qui ne lui a jamais été notifiée, n'est pas opposable et n'est pas de nature à le priver d'un droit au séjour ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. " Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

2. Lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code précité mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.

3. En l'espèce, M. B, ressortissant marocain, était titulaire, en dernier lieu, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable du 28 juillet 2023 au 27 juillet 2024. Le 27 mai 2024, il a déposé une demande de renouvellement de ce titre de séjour au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi qu'en atteste la confirmation de dépôt dématérialisée qui lui a été remise. Il fait valoir qu'à la date de sa requête, alors que son titre a expiré le préfet de l'Essonne ne lui a pas remis l'attestation de prolongation d'instruction prévue à l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant de justifier de la régularité de son séjour et qu'en conséquence, son contrat de travail a été suspendu à compter du 27 juillet 2024, ce qui est d'autant plus préjudiciable qu'il est père d'une jeune fille française âgée de quatorze ans, pour laquelle il verse chaque mois une pension alimentaire. Si de telles circonstances sont susceptibles de caractériser une situation d'urgence justifiant que le juge des référés prononce la suspension de l'exécution du refus de délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à condition qu'il estime remplie l'autre condition posée par cet article, elles ne caractérisent pas, en revanche, une situation d'urgence particulière, au sens et pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qui impliquerait qu'une mesure visant à sauvegarder les libertés fondamentales dont M. B se prévaut soit prise dans le très bref délai de 48h prévu à cet article. Par suite, il y a lieu de faire application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter les conclusions de la requête.

4. Au surplus, si M. B se prévaut de l'atteinte grave et immédiate portée par le préfet de l'Essonne à sa liberté d'aller et venir, sa liberté professionnelle et son droit au travail et à son droit de mener une vie familiale normale, il n'indique pas en quoi ces atteintes seraient manifestement illégales au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, alors qu'il résulte de ses propres écritures qu'une décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise à son encontre le 10 juin 2024. Quand bien même cette décision ne lui aurait pas encore été régulièrement notifiée, elle peut être regardée comme matérialisant une décision préfectorale de refus de faire droit à sa demande de renouvellement de titre de séjour, laquelle décision fait nécessairement obstacle à la délivrance d'une autorisation de prolongation d'instruction.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B.

Fait à Versailles, le 6 août 2024.

Le juge des référés,

Signé

B. A

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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