lundi 23 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2406844 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | SELARL CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée au tribunal administratif de Paris le 23 mai 2024, puis transmise au tribunal administratif de Versailles par ordonnance du président du tribunal administratif de Paris en date du 30 juillet 2024, et un mémoire complémentaire enregistré le 12 septembre 2024, M. D C demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté par lequel le préfet l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer dans un délai d'une semaine une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que son conseil renonce à la part contributive de l'Etat ;
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français été signée par une autorité incompétente, est insuffisamment motivée, n'a pas été précédée d'un examen de sa situation personnelles, a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; en outre, il ne représente aucune menace pour l'ordre public ;
- le préfet a méconnu le droit d'être entendu ;
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire été signée par une autorité incompétente, est insuffisamment motivée, n'a pas été précédée d'un examen de sa situation personnelles, a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; en outre, il ne représente aucune menace pour l'ordre public ;
- la décision fixant le pays de renvoi été signée par une autorité incompétente, est insuffisamment motivée, a méconnu les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français été signée par une autorité incompétente, est insuffisamment motivée, a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 septembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien en date du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme E, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 septembre 2024, qui s'est tenue en présence de M. Rion, greffier :
- le rapport de Mme E,
- les observations de Me Troalen, représentant les intérêts de M. C, qui reprend les éléments de la requête et qui ajoute que ses parents résident sur le territoire français ainsi que sa sœur qui bénéficie d'un titre de séjour en qualité d'étudiante, qu'il n'a été condamné qu'une fois à une peine d'incarcération, ce qui est insuffisant à justifier l'éloignement sans délai du territoire français, que le trouble à l'ordre public est insuffisant pour justifier l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans,
- le préfet de police n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 28 août 1996 à Tizi Ouzou (Algérie), demande l'annulation de l'arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-0538 du 10 mars 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, M. A B, chef du pôle instruction et mise en œuvre des mesures d'éloignement, a reçu délégation du préfet de la Seine-Saint-Denis pour signer les décisions contenues dans l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, pour fixer le pays de renvoi et pour lui interdire le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par ailleurs, il ne ressort pas des termes de cet arrêté, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C, avant de l'obliger à quitter le territoire français. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de l'arrêté et du défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé doivent être écartés.
4. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Si le requérant fait valoir, sans d'ailleurs l'établir, que ses parents résident sur le territoire français, ainsi que sa sœur, titulaire d'un titre de séjour en qualité d'étudiante, il est célibataire et il ne justifie pas être entré régulièrement en France. Par ailleurs, il a été condamné le 23 mai 2024 par le tribunal judiciaire de Paris à une peine de 18 mois d'emprisonnement dont 10 mois avec sursis probatoire pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié la victime par un pacte civil de solidarité aggravée par deux circonstances, étant déjà connu au fichier automatisé des empreintes digitales pour des faits de détention, acquisition et transport illicite de substance, plante ou préparation ou médicament inscrit sur les listes I et II ou classée comme psychotrope, commis le 10 juin 2022. Dans ces conditions, en obligeant M. C à quitter sans délai le territoire français et en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels il a pris cette décision et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas non plus commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressé.
En ce qui concerne l'autre moyen dirigé contre la décision fixant le pays de destination :
6. Le requérant n'apporte aucun élément de nature à démontrer que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant qu'il n'établit pas être exposé à des peines et traitements inhumains contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction et celles relatives à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relatives à l'aide juridique, ayant bénéficié au cours de l'audience du concours d'un avocat commis d'office.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.
La magistrate désignée,
signé
Ch. E Le greffier,
signé
T. Rion
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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