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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2406870

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2406870

vendredi 9 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2406870
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la demande de M. et Mme D. Les requérants sollicitaient la suspension des travaux de construction d'un mur en blocs de béton menés par la commune de Châteaufort, en invoquant une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit de propriété et au droit à un recours effectif. Le juge a estimé que la condition d'urgence particulière, nécessaire pour obtenir une mesure dans un délai de 48 heures, n'était pas remplie, les travaux étant réversibles et les nuisances alléguées (poids lourds, engins de chantier) insuffisamment caractérisées. La requête a donc été rejetée comme manifestement mal fondée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres conditions.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 août 2024, M. C E D et Mme B D née A, représentés par Me Poudampa, demandent au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la commune de Châteaufort (Yvelines) de suspendre l'exécution des travaux en cours rue de l'Eglise en vue de l'édification d'un mur en blocs de béton modulaire le long du mur de soutènement au droit de leur propriété, dans l'attente du dépôt par ladite commune d'une demande d'autorisation d'urbanisme pour la réalisation de ces travaux et de son affichage public et accessible ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Châteaufort une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la commune procède à des travaux qui viennent " doubler " le mur de soutènement au droit de leur propriété et qui nécessitent la présence de nombreux poids lourds de plus de 22 tonnes à vide, d'engins de chantier et ce depuis de nombreux jours ;

- le comportement de la commune en procédant à la réalisation de ces travaux porte une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit de propriété et au droit d'exercer un recours effectif.

Vu le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. Féral, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme D sont propriétaires d'une maison située 4, rue de l'Eglise à Châteaufort. Par la présente requête les intéressés demandent au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative d'enjoindre à la commune de Châteaufort de suspendre l'exécution des travaux en cours rue de l'Eglise en vue de l'édification d'un mur en blocs de béton modulaire le long du mur de soutènement au droit de leur propriété, dans l'attente du dépôt par ladite commune d'une demande d'autorisation d'urbanisme pour la réalisation de ces travaux et de son affichage public et accessible

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

3. A la différence d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à laquelle il peut être satisfait s'il est justifié d'une situation d'urgence et de l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, un requérant qui fonde son action sur la procédure particulière de l'article L. 521-2 du même code doit justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.

4. D'une part, pour établir l'existence d'une urgence particulière caractérisant la nécessité pour eux de bénéficier dans les quarante-huit heures des mesures d'injonction qu'ils demandent, les requérants se bornent à faire valoir que la commune procède à des travaux qui viennent " doubler " le mur de soutènement au droit de leur propriété et qui nécessitent la présence de nombreux poids lourds de plus de 22 tonnes à vide, d'engins de chantier et ce depuis de nombreux jours. Il résulte toutefois des pièces du dossier que les travaux en litige consistent en la pose de blocs de béton modulaires destinés à la création d'un mur de renforcement et de confortement provisoire du mur de soutènement existant au droit de la propriété des requérants. Ainsi, les travaux entrepris présentent un caractère réversible. En outre, les requérants ne démontrent pas en quoi la présence de poids lourds et d'engins de chantier constituerait une circonstance qui, en elle-même, caractériserait une situation d'urgence particulière au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative et nécessiterait l'intervention du juge des référés dans un délai de 48 heures. Par suite, la condition tenant à l'urgence prévue à l'article L. 521-2 du code de justice administrative ne peut être regardée comme étant remplie.

5. D'autre part, les requérants indiquent eux-mêmes dans leurs écritures que les travaux en litige ne portent pas directement atteinte à leur droit de propriété. S'ils font néanmoins valoir que les travaux litigieux constituent une atteinte au libre accès à la voie publique, ils n'établissent toutefois pas, par les documents qu'ils produisent, que lesdits travaux les empêcheraient d'accéder à leur parcelle depuis la voie publique. En outre, la mise en danger de la stabilité du " mur de soutènement historique " par les travaux en litige, à supposer même qu'elle soit établie, ce qui n'est pas le cas par les pièces produites, ne saurait constituer une atteinte au droit de propriété des requérants dès lors que, d'une part, ils soutiennent que le dit mur appartient au domaine public et, d'autre part, que l'allégation selon laquelle les fonds de la propriété et la maison pourraient être atteints à leur tour n'est étayée par aucun commencement de preuve. Par ailleurs, à supposer même que la commune ait eu besoin d'une autorisation d'urbanisme pour réaliser les travaux en litige, ce qui n'est pas établi, la circonstance qu'elle procède à leur réalisation sans avoir sollicité cette autorisation ne porte pas atteinte au droit des requérants d'exercer un recours effectif devant le juge. Par suite, les requérants ne justifient d'aucune atteinte à une liberté fondamentale.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de M. D et de Mme D née A en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. D et de Mme D née A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C E D et à Mme B D née A.

Fait à Versailles, le 9 août 2024.

Le juge des référés,

signé

R. Féral

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir l'exécution de la présente décision.

N°2406870

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