vendredi 9 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2406873 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 août 2024, M. B A D, représenté par Me Vasram, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de le convoquer afin qu'il puisse déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler et lui permettant de voyager, dans le même délai ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que, malgré de nombreuses tentatives, il est dans l'impossibilité de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour en ligne en raison des dysfonctionnements des services de la préfecture ce qui le place dans une situation de précarité, sa carte de résident ayant expiré le 29 juin 2024 ; après la décision de classement sans suite qui lui a été opposée le 12 juillet au motif qu'un titre de séjour était disponible en sous-préfecture du Raincy, il a informé la sous-préfecture de Palaiseau de la destruction de ce titre et a redéposé une demande qui a été classée sans suite le 22 juillet au motif qu'elle devait être déposée sur le site de l'ANEF alors que cette démarche est impossible ; il doit se rendre au mariage de sa sœur qui se déroule en Tunisie le 18 août 2024 et il a engagé des frais notamment pour l'achat des billets d'avion et l'hébergement ;
- l'impossibilité de déposer son dossier de renouvellement de titre de séjour et la situation née des dysfonctionnements des services préfectoraux dans laquelle il se trouve porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa vie privée et familiale et à sa liberté d'aller et venir dès lors qu'il ne peut bénéficier d'un récépissé de demande de titre de séjour lui permettant de justifier de la régularité de son séjour et de pouvoir voyager ;
- la situation dans laquelle il se trouve est exclusivement imputable à l'administration dans l'exercice de ses pouvoirs.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
La présidente du tribunal a désigné M. C en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D était titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 29 juin 2024, dont il tenté vainement de solliciter le renouvellement sur le site de l'administration numérique des étrangers en France (ANEF). Le 28 mai 2024, il a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour sur le site demarches-simplifiees.fr, demande qui a été classée sans suite par les services de la préfecture de l'Essonne le 12 juillet 2024 au motif qu'un titre de séjour édité en 2021 était disponible auprès de la sous-préfecture du Raincy. L'intéressé a redéposé une demande sur le même site le 19 juillet 2024, laquelle a été classée sans suite au motif que sa demande devait être déposée sur la plateforme ANEF. Par la présente requête, M. A D demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de l'Essonne de le convoquer afin qu'il puisse déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler et lui permettant de voyager, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
3. A la différence d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à laquelle il peut être satisfait s'il est justifié d'une situation d'urgence et de l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, un requérant qui fonde son action sur la procédure particulière de l'article L. 521-2 du même code doit justifier de circonstances particulières caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
4. Pour établir l'existence d'une urgence particulière caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier dans les quarante-huit heures des mesures d'injonction qu'il demande, M. A D fait valoir qu'il est dans l'impossibilité de procéder au renouvellement de son titre de séjour en raison des dysfonctionnements des services de la préfecture, qu'il doit se rendre en Tunisie le 12 août 2024 pour assister au mariage de sa sœur et qu'il a engagé des frais notamment pour l'achat des billets d'avion, l'hébergement et la location d'une voiture. Toutefois, d'une part, la seule circonstance qu'il se trouverait dans l'impossibilité de procéder au renouvellement de son titre de séjour ne constitue pas, en elle-même, une situation d'urgence particulière au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. D'autre part, l'impossibilité de déposer sa demande sur la plateforme de l'ANEF, qui constitue le mode de dépôt prévu par les dispositions de l'article R 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne résulte pas, ainsi que le soutient M. A D, d'un dysfonctionnement de ce service mais uniquement de la circonstance qu'il n'a pas pris soin de réceptionner le titre de séjour émis par la sous-préfecture du Raincy le 25 février 2021, sans motif valable, préférant conserver son ancien titre qui n'était pourtant plus valide suite à son changement d'adresse. Alors qu'il était informé depuis le 28 mai 2024 par la sous-préfecture du Raincy, de l'impossibilité de récupérer le titre émis le 25 février 2021 en raison de sa destruction, M. A D a déposé une nouvelle demande de titre sur le site demarches-simplifiees.fr le même jour, sans indiquer aux services de la préfecture de l'Essonne les difficultés qu'il rencontrait ni faire état de la destruction de son ancien titre avant la réception d'une décision de classement sans suite, le 12 juillet 2024, à l'encontre de laquelle il n'a pas engagé de démarche contentieuse avant le 5 août 2024, date à laquelle il a présenté un premier référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. De même, il ne résulte pas de l'instruction que le requérant aurait vainement sollicité en temps utile le service d'accueil et d'accompagnement mis en place par la préfecture de l'Essonne, de sorte que par ses carences, le requérant a participé à créer la situation d'urgence particulière qu'il invoque. Enfin, pour fortement regrettable que soit cette situation pour l'intéressé, l'impossibilité de voyager à l'étranger en vue d'assister au mariage d'un proche ne caractérise pas, à elle seule, une situation particulière d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
5. Par conséquent, si l'impossibilité pour M. A D de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour est susceptible de caractériser une situation d'urgence justifiant l'intervention du juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 voire de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à condition qu'il estime remplie les autres conditions posées par ces dispositions, elle ne caractérise pas, en revanche, une situation d'urgence particulière, au sens et pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qui impliquerait qu'une mesure visant à sauvegarder les libertés fondamentales dont il se prévaut soit prise dans le très bref délai de 48h prévu à cet article.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de M. A D, en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A D est rejetée
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A D.
Fait à Versailles, le 9 août 2024.
Le juge des référés,
signé
B. C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir l'exécution de la présente décision.
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